La Convention Collective du football féminin professionnel donne désormais aux joueuses de Première Ligue et de Seconde Ligue un socle commun de droits. Signé le 25 juin 2026 par l’UNFP, Foot Unis et l’U2C2F, l’accord encadre les contrats, la rémunération, le temps de travail, la santé, la protection sociale et le droit à l’image. Pour Marie-Hélène Patry, Déléguée Générale de Foot Unis, cette étape donne une architecture à la professionnalisation du football féminin pour accélérer.
Une infrastructure pour le football féminin
La signature de la convention collective intervient dans une phase déterminante pour le football féminin français. Depuis l’entrée en fonction de la Ligue Féminine de Football Professionnel, le 1er juillet 2024, les clubs disposent d’une structure dédiée pour accompagner la montée en puissance de l’Arkema Première Ligue et de la Seconde Ligue. La création d’un cadre social spécifique ajoute désormais une pièce essentielle à cet édifice.
L’enjeu dépasse la reconnaissance juridique. La convention remplace le statut fédéral de la joueuse, hors dispositions réglementaires, et la recommandation patronale mise en place en mars 2024. Elle établit un cadre commun entre les clubs employeurs et les joueuses salariées, avec une ambition explicite : sécuriser les carrières, garantir des conditions d’emploi et de rémunération adaptées, assurer une concurrence sociale loyale entre les clubs et installer un dialogue social durable.
Pour Marie-Hélène Patry, cette étape est le résultat d’une prise en compte progressive du football féminin par les organisations représentatives des clubs. « Au sein de Foot Unis, nous avons créé depuis juin 2025 le Collège du Football Professionnel Féminin sous l’impulsion de Vincent Ponsot, directeur général d’OL Lyonnes, et avec le soutien de Laurent Nicollin et Victoriano Melero, nos présidents successifs. Cela a conféré un véritable statut aux clubs professionnels adhérents de Foot Unis engagés dans le football féminin. »
Ce collège a permis d’installer une représentation spécifique du football féminin dans l’organisation patronale. Son président siège au Comité Directeur de Foot Unis, tandis que les clubs peuvent construire des positions communes dans leurs échanges avec les instances. « Cette nouvelle instance nous a permis de structurer considérablement notre réflexion sur le football féminin », explique Marie-Hélène Patry.
Reconnaître pleinement le métier de joueuse
La convention affirme un principe simple, mais structurant : la qualité de joueuse professionnelle découle de la nature salariée de son activité, et non du statut juridique de son club. La footballeuse professionnelle est ainsi reconnue comme une employée, titulaire d’un contrat de travail à durée déterminée spécifique au sport professionnel. Cette clarification fait entrer le football féminin dans un cadre de travail plus lisible. Le texte fixe notamment une durée de référence de 35 heures hebdomadaires pour les contrats à temps plein et un minimum de 21 heures pour le temps partiel. Il encadre les repos, les congés, les déplacements et le paiement des salaires. Il prévoit également un salaire minimum conventionnel de 22 404,24 euros bruts annuels pour un contrat à temps plein.
L’objectif n’est pas d’uniformiser brutalement des clubs aux réalités très différentes. Il est de créer une base commune, capable d’accompagner la structuration progressive des effectifs et de donner davantage de sécurité aux joueuses comme aux employeurs.
« La proposition des clubs, dès le départ, était de présenter un cadre de droits élargis, qui dépassent et améliorent les accords de branche et les accords fédéraux », souligne Marie-Hélène Patry.
La convention introduit aussi une Commission paritaire nationale, réunissant les représentants des employeurs et des joueuses, ainsi qu’une instance d’interprétation et de conciliation. Les partenaires sociaux devront se réunir régulièrement autour des salaires, des conditions de travail, de la formation, de la prévention du harcèlement et des agissements sexistes, ou encore des risques professionnels. Le texte n’est donc pas figé. Il donne aux clubs et aux joueuses un espace pour faire évoluer les règles à mesure que le football féminin se développe.
Une professionnalisation graduée
La convention assume les différences de maturité entre les deux divisions. En Première Ligue, les clubs doivent justifier d’au moins onze contrats à temps plein. En Seconde Ligue, le minimum est fixé à onze contrats à temps partiel, avec une dérogation à huit contrats pour les clubs promus lors de leur première saison. Cette distinction traduit une ambition réaliste. Elle évite de demander au même rythme les mêmes moyens à tous les clubs, tout en fixant une direction assumée : la montée vers le plein-temps.
« Il faut défendre la progression économique des joueuses tout en sécurisant la gestion des clubs face au risque de défaillance », insiste Marie-Hélène Patry. « Opérationnellement, en Seconde Ligue, le contrat à temps partiel se révèle suffisant. Bien sûr, à terme, je suis convaincue que la professionnalisation passe par le temps plein. »
Le chemin parcouru est déjà significatif. « Il y a encore cinq ans, les règlements interdisaient aux clubs de football féminin d’avoir plus de huit contrats professionnels », rappelle-t-elle. « Il perdurait une aberration juridique, sous prétexte d’une économie fragile où l’on interdisait aux clubs de contractualiser des joueuses. »
La convention crée un plancher commun et laisse au dialogue social la responsabilité d’organiser les étapes suivantes, notamment sur les salaires et les conditions de travail.
Le droit à l’image, point clé de la négociation
Le droit à l’image est l’un des sujets structurants de la convention. Le texte organise désormais la coexistence entre deux périmètres : la valorisation de l’image des joueuses par leur club et l’exploitation collective de joueuses issues de plusieurs équipes. Les clubs peuvent utiliser l’image de leurs propres joueuses pour leurs activités et celles de leurs partenaires, dans le cadre défini par le contrat de travail et sous réserve de certaines garanties. Les joueuses conservent par ailleurs la possibilité de développer des opérations commerciales personnelles, à condition de ne pas concurrencer les marques présentes sur les équipements officiels.
Lorsqu’une opération rassemble des joueuses de plusieurs clubs, l’UNFP devient l’interlocuteur central. L’exploitation de cette image collective ne peut être réalisée qu’avec son accord et à son profit. La convention donne ainsi au syndicat des joueuses la responsabilité de porter et de valoriser cet actif collectif, notamment dans les nouveaux territoires de croissance que constituent les jeux vidéo, les plateformes de simulation et les cartes de collection. Ainsi, au terme du contrat en cours avec EA Sports, l’UNFP deviendra l’interlocuteur de l’éditeur.
Une convention d’application vient préciser les modalités de commercialisation et de répartition des revenus entre les organisations concernées et les joueuses. L’enjeu est désormais de transformer ce cadre juridique en opportunités commerciales concrètes, au bénéfice des joueuses et de l’ensemble de la filière. Ce sujet est loin d’être secondaire. Dans une économie du sport où la valeur se construit aussi dans les contenus, les réseaux sociaux, les plateformes et les jeux, l’image collective devient un actif à organiser. Le principe est désormais acquis ; sa capacité à générer de la valeur dépendra de la qualité des accords commerciaux et de la gouvernance qui seront mis en place.
La maternité, une démarche déjà engagée par les clubs
La maternité figure bien dans la convention collective, avec le maintien de la rémunération de base pendant les 16 semaines du congé légal, des garanties liées aux arrêts de grossesse, un suivi médical et athlétique adapté, ainsi que le maintien de l’accès aux installations du club. Mais ce volet ne constitue pas une nouveauté de l’accord de juin 2026. Il avait déjà été traité par la recommandation patronale adoptée par Foot Unis le 1er mars 2024.
« Face à la longueur des négociations, Foot Unis avait fait le choix volontaire de passer par la recommandation patronale, un dispositif qui permet aux employeurs de mettre en place ces droits maternité et maladie avant la signature d’un accord global », précise Marie-Hélène Patry.
La convention collective consolide, pérennise et intègre ces droits dans le cadre global du statut professionnel des joueuses. Cette séquence illustre aussi une évolution de la responsabilité des clubs. En anticipant la négociation collective, ils ont choisi d’accorder ces garanties sans attendre la signature finale du texte.
Le contrat de cinq ans, levier de formation et de valeur
C’est probablement l’avancée la plus stratégique pour les clubs formateurs. La convention autorise désormais la signature, dès 18 ans, d’un premier contrat professionnel de cinq saisons. Le dispositif, prévu à titre probatoire jusqu’en 2031, s’accompagne d’une rémunération progressive : 2 300 euros bruts mensuels la première année, puis 2 800, 3 500, 4 000 et 4 500 euros lors de la cinquième année. Au-delà de la rémunération, ce contrat s’accompagne d’un programme d’accompagnement. Les joueuses peuvent bénéficier des modules « Passeport Pro » de l’UNFP, destinés à mieux préparer la gestion de leur carrière sportive, personnelle et financière. Un entretien individualisé doit aussi être organisé afin d’aborder leurs besoins de formation et leur projet professionnel.
Pour Marie-Hélène Patry, la mesure vient corriger une incohérence qui pénalisait les clubs investissant dans la formation. « Jusque-là, les clubs qui avaient un centre de formation ne pouvaient pas contractualiser de premiers contrats à 18 ans d’une durée de cinq ans. Seuls les clubs qui ne possèdent pas de centre de formation avaient juridiquement cette capacité. C’était une aberration. »
L’enjeu est sportif autant qu’économique. Un contrat plus long permet au club de construire un parcours de développement : conserver une jeune joueuse, la prêter si nécessaire pour qu’elle gagne du temps de jeu, puis l’intégrer à l’équipe première quand elle est prête.
« L’instauration du contrat de cinq ans permet de concevoir différemment le projet de développement de la joueuse, en la faisant plus jouer », explique Marie-Hélène Patry. « En cas de transfert à l’issue d’un premier prêt, le nombre d’années de contrat restantes étant plus élevé, l’indemnité augmente. Ce qui a un intérêt économique pour les clubs dans le contexte du développement progressif du marché des transferts, en parallèle du développement économique du football féminin. »
La convention devient ainsi un outil de création de valeur. Elle permet aux clubs français de mieux protéger leur investissement de formation dans un marché international où la concurrence pour les talents s’intensifie. La prochaine étape, selon elle, devra aller plus loin. « Pour protéger la formation française, il faut parvenir à ce que les mouvements des joueuses compensent l’investissement consenti par son club formateur. Je crois qu’il s’agit d’un vrai enjeu pour le développement pérenne du football féminin. »
L’instauration d’indemnités de formation à l’échelle internationale permettrait aux clubs de financer durablement leur rôle de détection et d’accompagnement. C’est un sujet majeur pour conserver en France une partie de la valeur créée par sa formation.

Les jeunes talents de l’Arkema Première Ligue – Photo : FFF
Une avancée également personnelle
Pour Marie-Hélène Patry, la signature de la convention collective dépasse le cadre d’une négociation sociale réussie. Elle marque aussi l’aboutissement d’un engagement personnel dans un univers où les femmes restent encore minoritaires, tant dans les instances que dans les postes de décision. Avocate de formation, passée par le conseil, la direction juridique de Peugeot et active depuis plus de 15 ans au sein des organisations patronales du football, elle dirige aujourd’hui Foot Unis sous la présidence de Victoriano Melero. Elle a contribué, avec les clubs, les joueuses et leurs représentants, à construire un texte qui donne enfin au football féminin professionnel un cadre spécifique.
« Aujourd’hui, je peux revendiquer un rôle concret dans la défense des intérêts des clubs de football professionnel, mais aussi pour la féminisation du monde du sport et du football en particulier », confie-t-elle.
La convention collective tient donc une place singulière dans son parcours. « À titre tout à fait personnel, oui, j’ai été extrêmement satisfaite que l’on parvienne enfin à signer cette convention collective. »
Cette satisfaction vient aussi de la trajectoire parcourue. Le football féminin a longtemps été traité dans les interstices du football professionnel. La création du Collège du Football Professionnel Féminin au sein de Foot Unis, le dialogue avec l’UNFP, l’implication des clubs et la signature de la convention installent désormais une représentation plus structurée de la filière. Marie-Hélène Patry se réjouit de voir le sujet s’imposer davantage dans les lieux où se dessinent les évolutions du sport professionnel. « Je suis très heureuse aussi de constater qu’à la commission sport professionnel du CNOSF, on parle aussi du sport féminin et que l’on a arrêté un peu partout de comparer le football féminin et le football masculin. »
Son regard reste néanmoins lucide. La progression des droits, de la structuration et de la visibilité ne garantit pas encore une égalité de considération ou de ressources. « Il y a une contradiction entre la place des femmes dans l’univers général du travail et la place du sport féminin dans l’économie du sport. J’ai l’impression que l’on gravit très lentement la montagne. »
Elle voit dans le football féminin un terrain de transformation plus large. « Je crois que, pour la place des femmes en général, le sport féminin agit comme un vecteur d’émancipation, de bien-être et représente un potentiel économique majeur. » Cette conviction s’accompagne d’une exigence sur le fonctionnement des instances. « Au sein des instances, les codes un peu virilistes qui peuvent venir du terrain n’ont pas leur place », affirme-t-elle. La convention collective ne change pas, à elle seule, la culture du football. Mais elle traduit une évolution de fond : les joueuses deviennent des salariées mieux protégées, les clubs des employeurs davantage responsabilisés, et le football féminin un secteur qui construit ses propres règles.
Ce que change la convention collective du football féminin
La convention collective ne résoudra pas, à elle seule, les écarts de budget, le défi de la diffusion, la concurrence étrangère pour les joueuses ou la fragilité de certains modèles de clubs. Elle ne crée pas les revenus qui permettront demain d’augmenter les salaires, de renforcer les staffs ou de moderniser les infrastructures. Elle donne toutefois au football féminin un socle : des droits communs, des règles de dialogue social, des outils de formation et de fidélisation des talents, une progression adaptée aux réalités économiques des clubs et un cadre pour organiser la valeur de l’image collective. Le texte est signé. La prochaine étape consiste à convertir ce cadre en développement concret : davantage de ressources pour les clubs, davantage de perspectives pour les joueuses et une place plus large pour les femmes dans l’ensemble de la filière.

