En juin 2026, la fondation Women’s Sport Trust a publié une nouvelle édition de son rapport semestriel sur l’état de la visibilité du sport féminin. En s’appuyant sur l’étude “The Battle for attention” et en la complétant des données françaises, SPORTPOWHER© dresse un bilan de la médiatisation du sport féminin et de ses opportunités.
Une audience fidélisée sur le sport féminin et ses grandes compétitions
Malgré l’absence de compétition féminine majeure en 2026, le nombre de contacts (3 minutes et + de visionnage) du sport féminin entre janvier et mai au Royaume-Uni n’a fléchi que de 2% par rapport à 2025, pour atteindre 19,3 millions de téléspectateurs. Sur la même période, le temps de visionnage moyen est en hausse à 3h21 minutes par téléspectateur. Cela démontre que le sport féminin a acquis une véritable légitimité dans le paysage médiatique britannique.
Ce constat se retrouve en France, où les compétitions féminines ont su trouver leur public, avec des audiences consolidées voire en hausse. Ainsi, le Tournoi Féminin des VI Nations a rassemblé 17 millions de téléspectateurs au total pour l’édition 2026, soit une hausse de 18 % par rapport à 2025. Les matchs de Ligue des Champions Féminine diffusés sur la chaîne L’Équipe ont eux attiré jusqu’à 700.000 spectateurs pour la première saison de l’accord de diffusion de la compétition. La finale féminine de Roland-Garros 2026 a maintenu un très haut niveau d’audience avec 3 millions de téléspectateurs, soit le second meilleur total après 2025 (dont l’affiche Sabalenka-Gauff parlait au plus grand nombre). Un an plus tôt, à l’été 2025, les Championnats du Monde de Volley-ball ont également trouvé un écho favorable grâce au parcours de l’équipe de France avec jusqu’à 850.000 téléspectateurs sur la Chaîne L’Équipe.

La finale femmes de Roland Garros 2026 remportée par Mirra Andreeva est la 2ème plus suivie de l’histoire sur France TV
Le poids de la télévision gratuite dans l’audience du sport féminin se confirme : au Royaume-Uni, les heures visionnées en gratuit progressent de 28% malgré une couverture réduite, alors que les chaînes payantes accusent un recul de 15%. En France, le poids de la TNT dans l’offre de sport féminin est aussi prépondérant : couverture de Roland-Garros, du Tournoi des VI Nations, des matchs des Équipes de France de football, de basket, de natation (Championnats d’Europe sur France Télévision)…
Le digital, levier majeur de l’audience du sport féminin
Au Royaume-Uni, le football reste le sport leader en nombre de téléspectateurs et en volume de visionnage avec 57% des heures consommées à la TV britannique, dont 29% pour le championnat domestique la WSL. C’est moins valable en France, où le championnat d’Arkema Première Ligue est diffusé sur une chaîne privée à abonnement (Canal +). En volume de couverture, le biathlon est le sport le plus visible.
L’étude WST relève une caractéristique comportementale intéressante : les fans de sports féminins sont plus enclins à regarder différentes disciplines que les fans de sports masculins. Cela confirme un attribut spécifique du sport féminin où les supporters soutiennent d’abord l’ensemble du sport féminin (activisme), puis les joueuses (attachement, identification, story-telling) et enfin les clubs.
En cohérence avec les tendances déjà observées, le rapport insiste sur le poids du digital dans l’écosystème médiatique du sport féminin, avec une hausse notable de la part du streaming dans le visionnage des compétitions : 18%, contre 12% en 2025. Cette hausse s’explique notamment par l’acquisition des droits de l’UWCL par la plateforme Disney + cette saison.

La demi-finale OL Lyonnes – Arsenal a été diffusée sur la plateforme Disney + – Crédit photo Stephane Pillaud/Icon Sport
À l’échelle mondiale, les propriétés digitales sportives féminines affichent des évolutions majoritairement en nette hausse, sur TikTok et YouTube notamment. Sur YouTube, on note la performance exceptionnelle de l’Arkema Première Ligue avec +440% de vues, qui devient la 9ème propriété sportive féminine sur la plateforme (5 millions de vues). Dans la “bataille de l’attention”, TikTok semble prendre un ascendant sur l’attractivité des contenus publiés, à l’image de la WTA (-5% sur Instagram, +5% sur TikTok), la WSL (+64% d’engagements sur TikTok) ou la NWSL (-27% sur Instagram, +7% sur TikTok).
En France, le sport féminin totalise 6 milliards d’impressions, dont 3,4 milliards par les sportives. On constate une forte domination des joueuses de football, même si la sportive en activité la plus suivie est la navigatrice Violette Dorange (1,4 million de followers sur l’ensemble des plateformes). Au niveau des propriétés ou ayants droit, le PSG Féminines et l’OL Lyonnes dominent, devant le Tour de France Femmes avec ZWIFT. En ce qui concerne le rugby et l’AXA Élite 1, la stratégie digitale montre le choix de s’associer avec des créateurs de contenus pour cultiver la proximité et la création d’une narration spécifique, proche des communautés de supporters.
De l’audimat à l’engagement marketing, les stratégies des partenaires commerciaux
Pour les équipes nationales anglaises, les sélections féminines bénéficient de caractéristiques et qualités plus appréciées que leurs homologues masculines. En particulier, elles sont perçues comme plus “pionnières”, “inspirantes” et surtout “performantes”, eu égard à leurs succès lors de compétitions majeures (Euro de football, Coupe du Monde de Rugby) là où les équipes masculines traversent une période moins fertile.
Les associations positives sont globalement plus importantes sur l’ensemble du sport professionnel médiatisé au Royaume-Uni, malgré une perception commune du manque de “stars” parmi les joueuses (en moyenne -9,8 points, seul le rugby surperforme avec +3 points).
La perception positive des qualités et valeurs du sport féminin entraîne les marques à s’engager de plus en plus. En France, les marques représentent 92 millions d’impressions sur les réseaux et utilisent le sport féminin selon plusieurs raisons. D’abord le sport féminin bénéficie d’un coût d’accès (ticket d’entrée ou “sponsoring fee” en anglais) plus faible. D’autre part, les taux d’engagements sont en moyenne 2 fois supérieurs au sport masculin. Enfin le transfert d’image positive y est plus efficace, grâce à l’authenticité perçue des sportives et du sport féminin.
Désormais, compte tenu de la consolidation des audiences sur les médias linéaires ou en streaming, les marques peuvent aussi s’engager pour la croissance en visibilité, tout en mobilisant des activations envers les segments cibles, gages d’impact réel sur le terrain.
L’importance du calendrier et des horaires pour la couverture médiatique
Dernier point, le rapport WST souligne l’importance de la programmation horaire pour l’impact d’audience. L’analyse démontre ainsi la surperformance des créneaux entourant les déjeuners du week-end, qui génèrent le plus d’heures de visionnage.
La programmation du sport féminin reste un challenge important pour à la fois fidéliser la base de supporters et encourager l’adhésion de nouveaux fans. La concurrence horaire avec les propriétés sportives masculines, alors que de nombreux téléspectateurs de sport féminin proviennent du sport masculin, est le premier frein. La densité du calendrier, qui selon les disciplines, peut pâtir de grandes plages creuses, est un autre axe d’amélioration fondamental afin de créer la récurrence du rendez-vous télévisuel.
