Sporsora et FDJ United, en collaboration avec The Metrics Factory, ont publié l’étude “Le sport féminin sur les médias sociaux : de la visibilité à la valeur”. Dans cette étude qui analyse les publications créées par l’ensemble de l’écosystème du sport féminin français, les réseaux sont perçus comme les plateformes les plus dynamiques pour capter l’attention des fans. De plus ils offrent aux championnes et aux ayants-droits une fenêtre de médiatisation qui permet de corriger (relativement) l’écart de visibilité historique avec le sport masculin. SPORTPOWHER© analyse les résultats de cette étude pour comprendre comment les réseaux sociaux sont devenus les plateformes centrales de la monétisation du sport féminin.
Les plateformes sociales, outil de correction de la visibilité du sport féminin
Dans cette étude, réalisée en analysant un échantillon de 300 athlètes, 90 détenteurs de droits et 70 marques partenaires, 6 milliards d’impressions de contenu sportif féminin français ont été recensés entre le 1er février 2025 et le 28 février 2026. Pour les acteurs du marché, la création de contenus est un véritable plan média et avec le volume d’impressions mesuré, celle-ci équivaut à un investissement marketing de 25 m€.

Extrait de l’étude “Le sport féminin sur les médias sociaux : de la visibilité à la valeur” – Crédit : Sporsora x FDJ UNITED x The Metrics Factory
L’augmentation du volume de publications s’inscrit dans un contexte global de croissance des conversations autour du sport féminin sur les réseaux. Cette croissance est majoritairement accélérée par les grands événements sportifs, qui intensifient l’intérêt porté par les supporters envers les athlètes. À l’échelle française, l’étude montre par exemple une augmentation continue depuis les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, avec des taux de croissance annuelle du nombre de followers qui dépassent les 10%.
Sportives et ayants-droits, des stratégies de publication distinctes
Les réseaux sociaux occupent la fonction d’espace d’attention pour les fans de sport féminin, là où sa faible médiatisation par la télévision et les médias traditionnels le rendent presque invisible. Avec la massification de l’usage de YouTube, X et surtout Instagram et TikTok, les fans de sport féminin voient ainsi les réseaux sociaux comme un espace communautaire efficace d’information et d’interaction avec leurs championnes et les compétitions.
Pour les sportives, les réseaux sociaux sont une opportunité d’exister dans l’écosystème médiatique quelle que soit sa discipline. Selon l’étude, les sportives représentent 62% de la visibilité totale du sport féminin sur les réseaux. Elles sont les premières incarnantes et représentent une grande variété de profils, des championnes les plus connues aux sportives émergentes puisque la majorité (60%) des sportives étudiées disposent de moins de 50k followers. En activant des mécaniques de story-telling et d’inspiration, elles peuvent capter des communautés croissantes et ainsi développer une activité d’influence (ou micro-influence) susceptibles de dynamiser leurs modèles économiques.

Extrait de l’étude “Le sport féminin sur les médias sociaux : de la visibilité à la valeur” – Crédit : Sporsora x FDJ UNITED x The Metrics Factory
L’analyse détaillée des contenus produits par les sportives révèle une hiérarchie dans les prises de parole numériques : 32% des contenus sont dédiés à la performance, 20% à l’inspiration/motivation, 13,5% à l’entraînement et seulement 6% aux questions sociétales, alors que 5,7% proposent du contenu commercial.
Les ayants-droits ont parfaitement intégré la nécessité de capitaliser sur ces performances pour développer des canaux d’attention très efficaces. En effet, le nombre de contenus relatifs au sport féminin sur les réseaux sociaux publiés par des détenteurs de droits a progressé de 35% en un an. Soit un cumul de 96k publications sur la période mesurée, pour 2,1 milliards d’impressions et 97k likes, avec 9,1 millions de followers au total. En termes d’investissement média, cela représente l’équivalent d’un plan de plus 500 k€ annuels.
Hors clubs et Tour de France Femmes avec Zwift, le détenteur de droits le plus influent est l’Arkema Première Ligue, dont le « reach » atteint plus 50 millions d’utilisateurs et qui compte 302k followers pour 2,2 millions d’engagements. Sa stratégie social media déploie des contenus variés, qui font écho aux tendances globales (« trends »), et sont publiés majoritairement en collaboration avec les clubs et les joueuses. C’est également un espace prioritaire pour mettre en avant les collaborations commerciales avec les sponsors.
De manière générale, les ayants-droits s’appuient sur des contenus dits “behind the scenes” et des moments de matchs, capables de générer des interactions émotionnelles rapides. Ils sont aussi le point d’entrée pour la visibilité des championnes, d’où l’importance d’associer les sportives aux contenus publiés. Lors de la Coupe du Monde de Rugby 2025, World Rugby avait par exemple inséré dans les kits médias l’ensemble des comptes individuels des joueuses de toutes les sélections, afin de diriger les diffuseurs et commentateurs vers le profil des athlètes.
Si les grandes compétitions sont le premier point d’entrée des fans vers la consommation de sport féminin, les athlètes sont le deuxième actif d’engagement, devant les clubs et équipes. Ainsi en France, la 10ème sportive la plus suivie toutes plateformes confondues (Caroline Garcia, 609k followers) est plus suivie que le 3ème ayant-droit (Tour de France Femmes avec Zwift, 565k followers) ou l’équipe de France féminine (558k followers). Pour le football, ce sont par exemple 6 joueuses ou anciennes joueuses qui sont plus suivies que l’équipe de France.
Des stratégies de championnes à prendre en exemple
L’étude présente différents exemples de stratégies éditoriales. Le premier cité est celui de Violette Dorange, sportive la plus visible et la plus engageante parmi l’ensemble des athlètes féminines françaises. Son journal de bord publié pendant le Vendée Globe à travers des formats carrousels crée un sentiment de proximité et emmène les fans dans un processus d’identification. Les publications après le Vendée Globe, notamment citant sa santé mentale et ses vulnérabilités, ont renforcé son caractère authentique et rappelé sa proximité avec ses supporters.
Le cas de Doriane Pin montre quant à lui l’importance de l’écosystème de marque dans lequel évolue la championne. 40% de son audience est ainsi constituée de passionnés de sport automobile. Doriane Pin, avec ses performances sportives (vainqueur de la F1 Academy 2025) incarne aussi un story-telling puissant, mobilisé aussi par ses sponsors, celui de la potentielle première femme en Formule 1 depuis 50 ans. Ses publications autour de ses séances d’entraînement emmènent ses fans dans cet objectif et participent à mobiliser leur attention.
Autre exemple présenté par l’étude, celui de Romane Dicko. La judokate mêle dans ses publications des contenus centrés sur le divertissement, des contenus sur la performance, d’autres sur l’épanouissement et la confiance en soi, et une dernière catégorie sur son attachement à la mode et au stylisme. Cette multiplication des identités permet à une grande diversité de fans de se reconnaître et de dynamiser leur attachement à sa personnalité : 35% affichent leur soutien affectif à sa personnalité et 30% témoignent de l’admiration de la championne pour ses performances sportives.
Ce poids communautaire est lié à un fort pouvoir aspirationnel de la part des championnes. Les recherches démontrent que les sportives sont vues comme des rôles modèles plus positifs, comme plus représentatives de l’excellence, plus dignes de confiance et plus inspirantes que leurs homologues masculins. La capacité à créer du contenu sur le quotidien sportif, complétée d’une prise de parole plus libre sur les questions sociétales accorde une authenticité perçue qui est également plus importante.
Les marques, transformateurs de l’attention
Pour les marques, la collaboration avec les sportives prend tout son sens, car elles peuvent bénéficier du transfert des attributs d’identité des championnes vers leur propre identité. On sait par exemple que les marques qui collaborent avec des sportives sont jugées plus progressives, plus inclusives et inspirantes. Sur le plan quantitatif, la collaboration avec les actifs du sport féminin (ayant-droits et sportives) équivaut en France à investissement média de plus de 500 k€ grâce au potentiel d’impressions et d’engagement. L’étude a ainsi recensé 1,3 k contenus qui ont généré 92 millions d’impressions et 1,6 million d’engagements (soit 1,7% de taux d’engagement).

Extrait de l’étude “Le sport féminin sur les médias sociaux : de la visibilité à la valeur” – Crédit : Sporsora x FDJ UNITED x The Metrics Factory
L’analyse des publications montre des formats de collaboration efficaces entre les marques et des temps forts de l’agenda sportif, et avec les sportives. La capitalisation sur les performances mais aussi sur des enjeux sociétaux puissants permet de développer de façon importante la visibilité de ces collaborations tout en appuyant un discours de valeurs “d’impact” auprès des communautés cibles. La “discrétion” des collaborations, avec seulement 5,7% des contenus de sportives qui sont explicitement des publications commerciales, montre que le bénéfice des collaborations réside plus dans l’authenticité et l’expression de la personnalité des championnes.
Un autre élément démontré par l’étude est la capacité d’intégrer les collaborations avec les sportives dans un plan média complet avec la présence complémentaire d’influenceurs ou de plateformes média actives sur le digital (Konbini, L’Équipe). Ces collaborations multiples permettent de dynamiser la visibilité de la sportive et d’accélérer ainsi la croissance de sa propre communauté.
Un écosystème qui se détache progressivement de la médiatisation traditionnelle
Si 60% des sportives qui publient du contenu ont moins de 50k followers, l’étude montre que sur 300 sportives analysées, les 20 premières génèrent 38% des impressions totales. Au sein même de ce top 20, la sur-représentation du football (6 joueuses dans le top 10 des sportives les plus suivies) témoigne de forts déséquilibres dans la visibilité des championnes et rappelle la dépendance à la médiatisation traditionnelle pour “rencontrer” les sportives. D’autant que les compétences et ressources nécessaires pour la création de contenu constituent un capital très hétérogène entre sportives professionnelles et sportives amateures.
Le top 20 des sportives les plus visibles et engageantes montre une diversité de disciplines plus importante mais témoigne de l’importance de la notion d’exploit sportif pour conquérir une audience, à l’image de Loïs Boisson, Lou Jeanmonot ou Renelle Lamotte. Ces 3 sportives ont surperformé dans les engagements générés grâce à des résultats sportifs exceptionnels. La médiatisation qui suit les exploits sportifs se traduit ensuite en ligne de manière efficace, en particulier sur le sport féminin. En effet, d’autres recherches révèlent que 44% des fans de sport féminin déclarent suivre leurs championnes préférées sur les réseaux, contre 30% pour le sport masculin. Les taux d’engagement sont aussi 2 fois plus élevés sur les posts de championnes que sur les publications de champions (5,7% contre 2,7%).
Cet engagement se montre très durable et le facteur compétition n’est donc pas le seul élément qui impacte la popularité des championnes. Ainsi, 17 sportives “retraitées” font partie du top 100 des athlètes ayant le plus d’abonnés, dont 6 rien que dans le top 20 (Laure Boulleau, ex-PSG et Équipe de France domine d’ailleurs le classement). Preuve qu’une fois la performance établie, les audiences sont fidèles au contenu proposé par les championnes, indépendamment de la médiatisation qui leur est accordée sur les supports traditionnels.
La dynamique observée par l’étude Sporsora x FDJ United x The Metrics Factory entre le sport féminin et les réseaux sociaux montre une structuration progressive de l’écosystème et une transformation des relations entre les sportives, les ayants-droits, les marques et les fans. Cette dynamique française rejoint la dynamique mondiale, avec des contenus féminins, notamment celui publié par les grandes propriétés sportives (UEFA, WNBA, Coupe du Monde de Rugby) qui surperforment par rapport aux contenus masculins. L’engagement des fans sur les réseaux sociaux est donc un avantage pour les championnes et les compétitions. Un avantage qui, comme le montre l’étude, peut servir de levier pour monétiser les audiences auprès des marques. Et donc dynamiser la trajectoire économique du sport féminin français.
