Le rapport d’étude du poids économique de La Boulangère Wonderligue, produit par le Centre de Droit et d’Économie du Sport (CDES) de Limoges a été publié dans son intégralité et détaille le modèle économique du basket féminin professionnel français. Alors que la saison a tout juste repris, SPORTPOWHER© les éléments clés de ce document.
Un écosystème développé et structuré, intégré sur le territoire
Le premier chiffre annoncé lors de l’ouverture de la saison, en marge du Match des Championnes, a été le poids économique total de La Boulangère Wonderligue : 35 m€. Ce chiffre témoigne d’une activité économique importante, qui nourrit 290 emplois (ETP) à l’année.
À l’échelle des clubs, s’il existe logiquement un écart entre le très haut de tableau et le bas, avec un ratio de 2,7 entre le premier club (Tango Bourges, 4,6 m€) et le dernier (Toulouse Métropole Basket, 1,7 m€), l’étude menée par le CDES caractérise l’absence de concentration économique au sein du championnat, garantissant de fait une équité sportive pérenne.
Les emplois générés témoignent également de l’intensité et de la structuration de l’activité économique des clubs. L’étude du CDES démontre en effet qu’il y a très peu de dispersion entre les clubs avec une moyenne de 20 emplois directs produits par club, dont la moitié sont des joueuses. Cela démontre aussi que les clubs sont structurés au niveau de leurs ressources administratives et commerciales. Cependant, avec une variation de 3 à 9 collaborateurs hors staff sportif par club, on constate une disparité dans la maturité professionnelle des clubs. Les emplois indirects et induits font également transparaître des niveaux de développement de la fan-expérience encore disparates (capacité de la salle, prolongation de l’expérience-match à l’extérieur de l’enceinte sportive). Le rôle de la LFB dans l’accompagnement et l’incitation à la structuration peut représenter un levier pour franchir de nouveaux seuils de croissance.
Rôle des bénévoles et ancrage partenarial
Enfin, le CDES recense une moyenne 39,5 bénévoles présents par jour de match (jusqu’à 130 à Landerneau et Bourges), un chiffre important qui souligne l’investissement humain essentiel que les passionnés au sein des clubs engagent pour faire vivre le sport professionnel.
Les jours de match, outre les bénévoles, ce sont en moyenne 22,6 collaborateurs de partenaires extérieurs qui sont mobilisés sur les rencontres du championnat. Cela révèle l’importance pour les partenaires, institutionnels mais aussi commerciaux, d’être associés au club et de faire vivre l’ancrage local et l’animation du territoire.
Affluence et fan-expérience
En 2025-26, 308.713 spectateurs ont fréquenté les salles du championnat, dont 83% sur la saison régulière. En hausse de 0,5%, l’affluence globale révèle une dépendance logique aux infrastructures, avec une domination nette de Bourges (48k spectateurs cumulés) et Basket Landes (40k) par rapport à un groupe majoritaire de clubs ayant accueilli entre 20k et 27k spectateurs, et des clubs (BLMA, Charnay), dont l’équipement, malgré des taux de remplissage très positifs, ne permet pas forcément d’accumuler plus de 15k spectateurs annuels.
Cette relative hétérogénéité se retrouve dans l’estimation du poids économique des spectateurs pour chacun des clubs : calculé par le CDES, celui-ci, qui cumule billetterie et dépenses réalisées le jour de match dans la salle, varie selon un rapport de 1 à 4,7 entre le dernier club du classement et la moyenne des deux principales forces en termes d’affluence. Alors que la moyenne de la ressource spectateur dans le poids économique total est de 13%, les variations entre les clubs impliquent des modèles économiques assez divers.
Le potentiel à exploiter de la dépense des fans
La monétisation de l’affluence, qui passe par la fan-expérience, est un axe d’amélioration pour une majorité de clubs. Le spectacle et les animations associées sont reconnus et appréciés par les spectateurs, mais le panier moyen s’élève à 25,35€ et sa composition révèle des potentiels encore largement exploitables. Par exemple, la part du transport évaluée à près de 20% du total, pèse plus que l’achat de merchandising (5,27€ contre 4,84€) et vaut presque autant que la restauration sur place (5,87€).
Parmi les meilleurs clubs sur cette thématique, le rapport nomme Basket Landes, dont le panier moyen des spectateurs dépasse de 5€ la moyenne de La Boulangère Wonderligue. Le CDES identifie des dépenses par personne en merchandising (+32%) et en restauration in stadia (+31%) nettement plus importantes. En citant cet exemple, le CDES fait aussi le lien avec la capacité à prolonger l’expérience du match dans l’écosystème local : sur l’ensemble des clubs de La Boulangère Wonderligue, 61% des spectateurs déclarent rentrer à leur domicile immédiatement à la fin du match. À Basket Landes, sur le seul item de la restauration hors enceinte sportive, les dépenses des spectateurs sont supérieures à la moyenne de 115%. Un des enjeux de développement pour les clubs réside donc dans la capacité à construire une offre périphérique pour augmenter l’empreinte commerciale autour des matchs.
Les spectateurs du basket féminin, un public plus familial et très fidèle
Pour comprendre qui sont ses publics, le CDES a constitué une radiographie des spectateurs de La Boulangère Wonderligue. Il ressort de l’étude un certain nombre de points distinctifs.
Tout d’abord, le public des clubs est “moins hétérogène socialement” que pour d’autres ligues : la proportion de femmes et d’hommes est rigoureusement paritaire et les employés sont presque aussi représentés que les cadres et professions intellectuelles supérieures. La composition par tranches d’âges reflète quant à elle une concentration plus marquée avec une plus forte représentation des 35-64 ans (67% des spectateurs) par rapport aux autres générations, et notamment une relative faiblesse de la présence étudiante (7% seulement de 15-24 ans). La réussite d’Angers, où le public étudiant constitue 23% des affluences, offre un exemple stratégique pour les forts bassins étudiants qui existent à Villeneuve d’Ascq-Lille, Lyon, Montpellier, Toulouse… Comment les clubs peuvent se mobiliser pour créer un attachement chez les plus jeune ? Celui-ci porte un effet majeur sur la fidélisation future, y compris après sur un club différent, après les mobilités liés à la vie étudiante ou l’entrée dans la vie active.
Ensuite, le public présente un caractère familial marqué : une très large majorité de spectateurs viennent en famille (famille entre adultes 61%, famille avec enfants 34%). Un élément essentiel dans la relation attendue aux animations. Cela représente un élément essentiel dans la relation attendue aux animations et pose l’enjeu, pour les clubs et pour l’écosystème des partenaires, de la valorisation de cette catégorie de publics en restauration, merchandising ou offres couplées de la part des partenaires locaux.
La fidélité des supporters, un atout essentiel pour l’engagement autour du club
Surtout, le public du basket féminin démontre une très grande fidélité et une forte assiduité à l’année. 45% des spectateurs sont abonnés au club, 47% assistent à au moins 9 matchs dans la saison, tandis que 30% assistent à moins de 4 matchs. Pour les clubs, cela induit des orientations stratégiques à concilier en créant à la fois une offre pour fidéliser les primo-spectateurs, tout en activant des prestations pour récompenser la fidélité des spectateurs les plus assidus.
Pour approfondir la notion de fidélité, l’étude démontre que près d’un quart des supporters suivent leur club depuis plus de 5 ans (22%, plus haut total). L’attachement à l’équipe est donc un marqueur essentiel de la relation du public au spectacle sportif. Cet élément est conforté dans l’étude, avec le taux de pénétration des canaux de diffusion du championnat puisque 73% des spectateurs suivent les rencontres aussi via LFB TV (YouTube) ou Sport en France. À noter que l’attachement à l’équipe n’est pas exclusif, avec une nette proportion de spectateurs mutuels du basket masculin et des équipes de France, bien que les spectateurs du basket féminin ne soient pas, dans une large majorité, des pratiquants de basket.
Le rapport du CDES est un repère stratégique intéressant pour continuer à développer la valeur de La Boulangère Wonderligue. Avec un public engagé et fidèle, à fort pouvoir d’achat, ainsi qu’un ancrage local structuré et mobilisé à chaque rencontre, le championnat possède des atouts majeurs pour pérenniser sa croissance. Reste le défi principal de l’amélioration continue des infrastructures, le pilier pour dynamiser les affluences, la fan-expérience et l’accueil des partenaires économiques.


