Dans son édition 2026 du rapport “Unlocking the potential of women’s sports”, Deloitte projette le poids économique du sport professionnel féminin à plus de 3 milliards de dollars, une progression de 26% par rapport au chiffre de 2025. Pour expliquer les facteurs de cette croissance, SPORTPOWHER© décrypte l’analyse publiée par Deloitte.
Un marché qui se transforme, soutenu par les affluences croissantes
La structure des revenus du sport professionnel féminin a évolué significativement depuis 2024, dans un contexte de croissance rapide. C’est la part des revenus “matchday” qui a progressé le plus vite. Elle passe de 24% en 2024 (451,2 m$) à 30% du total (912 m$) en 2026.
Ce doublement (+102%) en 2 ans est le marqueur de la croissance record et en deux temps des affluences du sport féminin. En 2025, ce sont les grands événements internationaux qui ont servi de catalyseur des affluences. L’été a été marqué notamment par les succès historiques de l’Euro de football et de la Coupe du Monde Féminine de Rugby. En 2026 Deloitte projette une hausse globale des affluences au niveau des ligues domestiques. Le football et le basket sont les sports majeurs mais la progression concerne aussi le rugby, volley, handball mais aussi le cricket ou hockey. La création de nouvelles ligues, en particulier aux Etats-Unis est un booster de cette dynamique.
Selon les projections, les recettes médias progressent de 21% à 25% du total des revenus du sport professionnel féminin entre 2024 et 2026. L’augmentation de 365 m$ (+92%) prend en compte l’entrée en vigueur de l’accord à plus de 2,2 milliards $ signé par ESPN, Amazon, NBC et CBS pour diffuser la WNBA sur le cycle 2026-2036. Les nouveaux accords concernant l’UEFA Women’s Champions League contribuent aussi à la croissance des recettes média du sport féminin.
Enfin, les recettes commerciales (sponsoring) vont continuer à progresser pour atteindre près de 1,4 milliard de dollars (+334 m$). En 2026, des partenariats à forte envergure transforme le paysage sponsoring du sport féminin. On peut citer Mercedes/WTA Tour estimé à 500 m$ pour 10 ans, ou l’accord récent entre Procter & Gamble et la WNBA. Au regard de la croissance des revenus match day et des droits de diffusion, la part des recettes sponsoring passe sous la barre des 50%. Elles devraient représenter environ 45% des revenus du sport féminin professionnel en 2026 (55% en 2024).
Un environnement mondial en mouvement
Les États-Unis restent le marché dominant et génèrent 53% des revenus (vs 59% en 2024 et 54% en 2025). L’Europe aussi voit son poids diminuer de manière plus marquée, de 19% en 2024 à 14% en 2026.
Les compétitions globales multinationales voient leur poids augmenter, de 23% à 26% sur la période 2024-2026, avec une pointe à 28% en 2025. Parmi les principaux contributeurs de cette croissance, on retrouve la WTA (tennis), le LPGA (golf), ainsi que la F1 Academy, qui a connu une forte progression en sponsoring, ou encore le HSBC SVNS (rugby) et le cricket.
Ce dernier sport est d’ailleurs le symbole de la montée en puissance du “reste du monde”, qui passe de 3 à 6% des revenus du sport féminin global. Une croissance rapide dont on retrouve des symboles au Mexique (Liga BBVA MX Femenil), au Brésil, qui accueillera la Coupe du Monde Féminine de football en 2027, en Océanie, en Asie du Sud-Est, notamment au Japon (football) ou en Inde (cricket). La croissance est également présente, mais un peu moins rapide, au Moyen-Orient et en Afrique.
L’évolution des contributions des différents continents dans le poids économique démontre que la croissance du sport féminin est un phénomène global, qui mobilise des investissements de la part de l’ensemble des acteurs internationaux.
Le levier de la professionnalisation et de l’indépendance des infrastructures
À la fois levier de croissance et objectif de développement dans les stratégies des investisseurs, la professionnalisation du sport féminin est l’enjeu central de la structuration de l’industrie tout entière.
Parmi les priorités des investisseurs, Deloitte, comme l’ensemble des observateurs, constate l’accélération des projets d’infrastructures. Les constructions et les projets de centres d’entraînement se multiplient. L’investissement dans ces actifs fonciers ultra-modernes participe directement à la croissance des valorisations des franchises ou clubs et permet aux athlètes de bénéficier de conditions de performance optimisées. Si la construction de stades ou arenas dédiés reste encore marginale, l’accès aux infrastructures de qualité est une clé dans le développement des revenus.
En parallèle, les engagements portant sur la recherche en préparation physique adaptée aux femmes représentent une opportunité pour favoriser la performance et donc la qualité du spectacle proposé aux fans. Michele Kang, propriétaire du groupe Kynisca et de 3 clubs de football professionnel (Washington Spirit, OL Lyonnes et London City Lionesses) a ainsi investi dans un centre de recherche spécialisée. En parallèle, son groupe a étudié avec attention les besoins des sportives afin de définir les plans des nouveaux centres d’entraînement de ses équipes.
Cette professionnalisation concerne également les structures de gouvernance des ligues et des clubs. En Europe, le sport féminin s’est majoritairement construit à l’intérieur de l’écosystème masculin. On assiste aujourd’hui à des mouvements d’autonomisation du football féminin. C’est le cas des Marseillaises de l’OM, mais aussi des ligues, à l’instar de la WSL en Angleterre ou de la Frauen Bundesliga allemande, qui sont toutes deux sorties du « giron » fédéral. Ce mouvement s’incarne particulièrement dans les cessions de l’Olympique Lyonnais Féminin (nouvellement OL Lyonnes) à Michele Kang, ou de Montpellier à Crux Football.
Le mouvement est encore plus large en Angleterre. Au corus des derniers mois, Bristol City Women a été acquis par le fonds Mercury/13 et Sunderland AFC Women par Bay Collective, la plateforme de Sixth Street. Un autre type de cession concerne la vente de la section féminine à la société-mère du club comme l’ont fait Chelsea et Aston Villa. Ces opérations permettent l’arrivée de partenaires intéressés uniquement par le club féminin. Ainsi, Alexis Ohanian a pris une participation de 20% dans Chelsea Women et Marc Zahr a investi dans le club d’Aston Villa Women.
L’autonomie permet de mieux flécher les ressources et investissements futurs vers les équipes féminines, et de développer une autonomie commerciale sur la billetterie et des partenariats.
Capitaliser sur l’engagement des fans
Dans son rapport 2026, Deloitte insiste sur le potentiel de croissance que représentent les fans de sport féminin. Pour les organisations sportives elles-mêmes d’abord avec le double enjeu de la conquête de nouveaux fans et de la consolidation d’une fan-base fidèle. L’accroissement du nombre de spectateurs et consommateurs de sport féminin est bien sûr le premier levier de croissance pour le sport féminin. Leur fidélisation est ensuite essentielle pour créer des communautés engagées et produire une identité partagée, ancrée et mobilisable dans la sphère culturelle.
La croissance du nombre de fans est ensuite essentielle pour attirer les marques sponsors, qui investissent en visibilité et en activation pour toucher et engager des communautés généralement plus jeunes, plus éduquées et plus familiales. Parmi les leviers de croissance vers les nouveaux fans, attirer les femmes est un axe stratégique central. En effet, la présence croissante de femmes parmi les consommateurs de sport féminin permet de faire venir des marques non endémiques du secteur, dont la beauté, la mode ou les technologies.
Enfin, la conquête et la fidélisation des fans ouvrent des opportunités de croissance pour le merchandising sportif féminin, un secteur encore émergent. Le merchandising recouvre à la fois une stratégie globale d’affinité, à l’image des gammes produites par Togethxr, où c’est le sport féminin dans son ensemble qui est célébré. Ce sont également des opportunités pour les clubs, qui peuvent attiser le sentiment d’appartenance des fans tout en développant de nouvelles ressources commerciales. Enfin, pour les championnes, le merchandising et les collections signatures sont autant des outils de personal-branding que des actifs essentiels de valorisation dans la relation avec les équipementiers personnels.
On peut enfin citer la croissance du segment du “memorabilia”, des gammes de merchandising spécialement créées pour rendre hommage à des figures pionnières du sport féminin, mais aussi pour célébrer des exploits sportifs de clubs ou championnes.
L’enjeu de la féminisation de l’industrie
Le dernier enjeu relevé par Deloitte dans le rapport “Unlocking the potential of women’s sports” est celui de la féminisation des institutions et organisations, décrit comme un “impératif startégique pour la pérennité de la croissance du marché”. La féminisation des instances dirigeantes permet un accroissement des rôles-modèles, une compréhension améliorée des situations vécues par les championnes et une vision mieux orientée sur les communautés dans le développement économique des organisations.
La féminisation de l’industrie est donc une étape structurelle nécessaire pour consolider la croissance du sport féminin dans toutes ses dimensions.




