Finalistes de Saforelle Power 6 cette année après avoir remporté les deux derniers titres en 2024 et 2025, les Mariannes 92 sont un club phare du volley-ball féminin français. Qualifié pour la prochaine édition de Ligue des Champions, après y avoir vécu ses premières victoires la saison dernière, le club franchit une par une les étapes d’un projet construit pour faire du club parisien et des Hauts-de-Seine un leader européen à moyen terme. SPORTPOWHER© a rencontré Philippe Peters, Président et actionnaire principal des Mariannes 92, et Kris Vansnick, nouveau manager de l’équipe professionnelle, pour décrire la stratégie de croissance du club, qui s’intègre dans un moment de croissance rapide pour tout l’écosystème du volley-ball féminin mondial.
Structurer les ressources économiques du club, un enjeu capital
Lors de sa prise de fonction, Philippe Peters, venu au volley “comme une affaire de famille”, a construit un plan stratégique à long terme en 3 étapes, dont les deux premières ont ramené le club parmi l’élite européenne de la Ligue des Champions après deux titres de Championnes de France consécutifs et une place de finaliste cette saison. La troisième étape qui s’enclenche à présent consiste à donner au club les moyens de “construire le meilleur club de volley-ball féminin en France et faire émerger un leader européen”. Pour Philippe Peters, il n’y pas de secret, ce projet passe par un budget ambitieux : “le modèle doit être ambitieux et proposer une montée en puissance claire, même si elle n’est pas linéaire. Aujourd’hui, les clubs présents au Final 4 européen dépassent les 10 m€ de budget. Nous devons d’ici 5 ans viser 5 m€ et plus pour commencer de concurrencer ces clubs”.
Pour la saison prochaine, le club s’appuiera sur un budget stable “entre 4 et 5 m€” construit notamment, outre les partenariats, sur les recettes en billetterie et en hospitalités, des axes essentiels de développement selon Philippe Peters : “Depuis deux ans et demi, nous construisons des fondamentaux sur la billetterie, avec une équipe commerciale qui est dédiée et la mise en fonction d’un CRM. Ces ressources nous permettent de monter en puissance.” Côté grand public, le club bénéficie d’une base de spectateurs importante, capable de remplir les 2500 places de Marcel Cerdan pendant les phases finales. Côté B2B, la disponibilité et la qualité des infrastructures sont critiques: “le segment le plus attractif pour nous ce sont nos activités B2B. Mais pour que les entreprises s’engagent, il nous faut créer une proposition de valeur qui est à la hauteur. Avec notre salle du Palais des Sports Marcel Cerdan, nous commençons à développer cette valeur, malgré l’absence de loges VIP. Nous avons aussi pris des contacts avec d’autres salles à Paris et dans les Hauts-de-Seine.”
Pour développer des nouveaux revenus auprès des partenaires actuels (une quinzaine d’entreprises allant de la TPE au grand groupe) et futurs, le président des Mariannes 92 envisage plusieurs axes. D’abord mettre en place une task-force pour dynamiser le développement commercial B2B. Ensuite commercialiser de nouveaux produits autour du volley-ball, dont une offre de séminaires, élaborer un projet de délocalisation événementielle pour accueillir plus de public et bénéficier d’infrastructures d’hospitalité B2B, “une source de revenus considérables”, et surtout s’associer à un partenaire-namer qui accollerait sa marque et son histoire à l’appellation Mariannes 92.
Enfin, dans son objectif de financement de croissance, et après une consolidation de l’actionnariat et une augmentation de capital réalisées au printemps 2026, le prochain “saut” de structuration des Mariannes 92 passera aussi par un investisseur externe et un nouvel apport en capital.
La formation, un actif stratégique pour la marque Mariannes 92
“Nous avons le souhait, avec le nouvel entraîneur principal Kris Vansnick et l’entraîneure du centre de formation Sabrina Dridi, de positionner les Mariannes 92 comme le point de passage obligatoire des très hauts potentiels volley français” déclare Philippe Peters. L’expérience de formateur du nouvel entraîneur des Mariannes, actuel sélectionneur de l’équipe féminine de Belgique et ancien responsable des sélections jeunes belges, doit ainsi participer à attirer les joueuses en développement pour prendre part au projet parisien. Mais ce n’est pas le seul atout du club auprès des joueuses. Les performances de l’équipe aux niveaux national et européen constituent un horizon attractif, tout comme l’historique des joueuses passées par le club de Paris et des Hauts-de-Seine et qui évoluent désormais en Équipe de France et dans les meilleurs clubs européens voire américains. Enfin, dernier atout non négligeable que rappelle le nouveau manager Kris Vansnick, “vivre son sport à Paris, la ville magique, est très séduisant pour de nombreuses joueuses”.
Pour les Mariannes 92, investir sur le centre de formation permet de “récolter plus tard ce qui est semé aujourd’hui”. Avec 3 joueuses présentes en sélection française U18 et une place croissante offerte en équipe première pour tous les espoirs du centre, les Mariannes 92 entendent ainsi donner une place centrale aux jeunes françaises dans son chemin vers le très haut niveau. Dans cette même logique, l’effectif professionnel comprendra ainsi pour la saison 2026/2027 4 joueuses de l’équipe de France senior : Cyrielle Depie, Enora Danard-Selosse, Fatoumata Fanguedou et Auriane Biemel.
Le centre de formation est d’ailleurs considéré avec la plus grande importance par les partenaires institutionnels du club, à travers des subventions des collectivités territoriales fléchées vers la formation.
Tout l’enjeu pour un club professionnel est de retenir les joueuses en centre de formation face à la concurrence du système universitaire américain. À Paris, l’offre d’études supérieures permet de pourvoir un catalogue de formations de très haute qualité qui contribue d’une part à limiter l’exode des jeunes talents outre-atlantique, mais aussi à attirer des joueuses issues des autres territoires français ou européens.
Quant à la question financière et la compétitivité salariale des clubs français, le Président des Mariannes 92 espère associer les partenaires privés à la rémunération globale des joueuses, à travers des contrats de représentation ou d’emploi à temps partiel: “les profils souvent polyglottes, avec des joueuses engagées dans la performance, et aux trajectoires humaines souvent très intéressantes, font des joueuses de volleyball des actifs très pertinents pour incarner des marques ou intégrer une équipe de collaborateurs”.
Le volley féminin professionnel français, un écosystème en cours de maturation
“Cette année en France, les finales de Coupe de France de Volleyball se sont déroulées à l’Adidas Arena et les deux finales se sont jouées à guichets fermés, soit deux fois 8000 spectateurs payants pour la finale féminine et la finale masculine” se réjouit Philippe Peters, conscient de la croissance que symbolise l’engouement en tribunes. Cette nouvelle ferveur se retrouve pendant les matchs de l’équipe de France, dont la popularité a explosé après les Championnats du Monde 2025 et se cultive de plus en plus lors des matchs de Saforelle Power 6 (3.500 spectateurs à Mulhouse, record à 5.698 spectateurs à Vandoeuvre en décembre 2024).
Pour le président des Mariannes et leur nouvel entraîneur, le développement des affluences tient à la dimension spectaculaire du volley-ball, et en particulier de la pratique féminine, qui combine athlétisme, agilité et rallyes (échanges longs), avec pour conséquence un plus grand temps de jeu effectif : les échanges sont en moyenne plus longs que lors des matchs masculins.
L’affluence dans les salles de volley et les recettes pour les clubs ont longtemps souffert du manque de marketing et de la gratuité liée à la culture des invitations. Le changement de paradigme, en mettant en œuvre des outils de marketing et en imposant une billetterie payante, change la perception de la valeur du spectacle et du “produit” volley-ball féminin.
La création de valeur dans le volleyball professionnel féminin est un sujet émergent au sein des instances, avec l’ambition d’instaurer un modèle de développement commercial pérenne, qui puisse vendre les droits du volleyball féminin français à travers différents produits. Philippe Peters cite par exemple le naming avec Saforelle comme une réussite, mais précise que le chemin est encore long avant d’arriver au niveau des championnats les plus monétisés, en Italie, en Turquie, aux USA, au Japon : « une solution pourrait être la création et le financement d’une société commerciale, comme l’a fait la FIVB avec Volleyball World, mais il faudrait alors que la Ligue ait les moyens de ses ambitions et donc un capital solide dès sa création, afin de pouvoir attirer des talents dans le développement commercial et la vente de droits, ou financer des événements sport-spectacle. »
Au niveau de la médiatisation, le volley féminin français se porte un peu mieux, avec la retransmission des rencontres de l’équipe de France Féminine aux Championnats du Monde 2025. Cela aide à visibiliser les meilleures joueuses et peut contribuer à terme à attirer de nouveaux spectateurs dans les salles des clubs où plusieurs internationales évoluent encore (notamment aux Mariannes 92). Les matchs de Saforelle Power 6 bénéficient d’une diffusion nationale, via la plateforme OTT LNVtv pour tous les matchs et Sport en France qui diffuse le match de la semaine, mais l’audience et les fréquences restent insuffisantes. Il faudra améliorer la qualité et intensifier la diffusion, pourquoi pas en rejoignant la plateforme mondiale VBTV de Volleyball World, pour contribuer au décollage économique des clubs français.
Profiter du momentum mondial autour du volleyball féminin
Fort d’un capital démographique très important, en étant le sport d’équipe le plus pratiqué au monde, le volleyball est, à l’échelle internationale, majoritairement et culturellement féminin. Aux États-Unis, les programmes universitaires de volleyball féminin comptent le plus de licenciées et c’est d’ailleurs une équipe universitaire de volleyball, les Huskers de Nebraska, qui détiennent le record du monde de l’événement sportif féminin qui détient le plus d’affluence avec 92.003 spectateurs en 2023.
Au niveau international, le volleyball féminin est en plus devenu un des actifs du sport professionnel les plus dynamiques. Deux forces motrices activent cette croissance. D’une part, la Fédération Internationale, à travers la société commerciale Volleyball World qu’elle a constituée, investit beaucoup d’argent pour la modernisation de sa propre structure et celle du produit volleyball, avec l’appui du fonds CVC Capital Partners. En recrutant de manière ciblée sur le secteur du développement commercial, Volleyball World a notamment développé de façon importante son portefeuille de partenaires. De plus, comme le rappelle Kris Vansnick “l’instance vise l’amélioration constante de la fan-expérience avec par exemple, une animation sonore spécifique qui suit les services mesurés à plus de 100 km/h”. La production de contenus vidéos et digitaux est également une clé du succès auprès des nouveaux fans, en les centrant sur l’élévation d’ambassadrices globales, identifiables par les publics.
L’autre moteur de cette croissance, ce sont les fonds d’investissement, particulièrement actifs sur le marché américain. Celui-ci a vu la création de 3 ligues professionnelles entre 2022 et 2024 (parmi ces 3 ligues, 2 ont depuis fusionné dans une transaction record valorisée à 300 m$, signe de la confiance des investisseurs). Parmi ces ligues, la LOVB attire les partenaires (Adidas, SKIMS, Chase…) et multiplie les franchises d’expansion. La richesse du bassin universitaire irrigue les ligues de joueuses professionnelles à fort potentiel, rejointes aussi par les joueuses américaines « olympiennes » et des joueuses européennes de haut niveau, ce qui contribue à dynamiser le spectacle sportif et le « story telling », et ainsi alimenter le cercle vertueux de l’appétit des marques et des diffuseurs.
En Europe, les places fortes italienne et turque continuent de bénéficier d’importants soutiens privés, qui misent sur la popularité locale du volley et la croissance du sport féminin global, et donc attirent les meilleures joueuses du monde.
Les locomotives américaine, italienne ou turque peuvent entraîner les clubs français. En offrant une position hybride de tremplin vers le très haut niveau mais aussi de plateforme sécurisante au regard du droit social, les clubs peuvent attirer des profils performants, attractifs pour le public. En s’inspirant de la modernisation de la gouvernance à l’œuvre à la fédération internationale, mais aussi grâce au ruissellement futur des profits du volley-ball mondial, Philippe Peters perçoit l’opportunité pour le championnat de France de générer des revenus nouveaux pour consolider son propre modèle économique. Et donc installer le spectacle du volleyball féminin professionnel en très bonne place dans le dense paysage sportif français.



