Après avoir connu des difficultés économiques qui ont impacté son ambition sportive, le club de LDLC ASVEL Féminin a su relancer un projet ambitieux, structuré autour d’une nouvelle salle et d’un ADN sociétal puissant. Pour éclairer sur le modèle économique et présenter les ambitions du club lyonnais, SPORTPOWHER© s’est entretenu avec Esther Bottalico, Directrice Générale du club.
Esther Bottalico, vous êtes la nouvelle directrice générale du LDLC ASVEL Féminin, engagé en La Boulangère Wonderligue. Pouvez-vous rapidement décrire votre parcours ?
J’ai intégré le club depuis sa reprise par Tony Parker et la naissance de ce qu’on peut appeler le nouvel LDLC ASVEL Féminin et j’ai été promue Directrice Générale à la fin d’année 2025, suite au départ de Marie-Sophie Obama en tant que présidente déléguée et directrice générale.
LDLC ASVEL Féminin se trouve à un nouveau tournant de son développement économique, mais avant tout, pourriez-vous détailler son statut particulier d’entreprise à mission ?
Effectivement, il y a eu une volonté très forte de la part du club de promouvoir cet engagement qui est le nôtre envers la place de la femme dans la société, et d’en faire un véritable leitmotiv du club. C’est pourquoi nous avons choisi de labelliser le club comme “club à mission”, en invoquant notre raison d’être sur la défense de la place de la femme dans la société, au travers évidemment du prisme du sport féminin et du basket féminin. C’est un engagement qui a par ailleurs grandi depuis 2022 puisque sur la saison 25-26, nous avons voulu accentuer cette identité pour qu’elle soit encore plus accessible aux yeux du grand public, et impliquer encore plus toutes les parties prenantes du club qui étaient déjà engagées. Cette saison, par exemple, tous les abonnés ont vu leur abonnement augmenter de façon minime, une augmentation marginale qui nous permet de mieux rendre visible la part du prix de l’abonnement qui est fléchée vers des actions sociétales, en soutien à des associations qui œuvrent pour la place de la femme dans la société.
Cette implication croissante nous a conduits à modifier à nouveau nos statuts pour approfondir notre rôle de club à mission. Cela représente notre progression, le chemin que l’on veut emprunter, pour rappeler avec conviction que lorsque l’on vient voir LDLC Asvel Féminin, on vient aussi supporter un club engagé et qui mène des actions qui font sens. Nous souhaitons même pousser encore plus le curseur de nos engagements d’année en année.
Parmi les parties prenantes engagées dans cette raison d’être, est-ce que cela implique aussi les partenaires commerciaux du club ? Cela signifie-t-il des activations communes, co-construites avec le club, dirigées vers des missions sociétales ?
Nos partenaires ont le choix de s’engager vers cet impact sociétal en devenant “Partenaires Impulseurs”, pour aider à financer les actions sociétales. Par exemple, nous avons un partenaire impulseur qui finance nos opérations “Pass Capitaine de ta vie”, un produit phare du club à mission, et qui nous permet par exemple de mener des actions auprès de femmes incarcérées à la prison de Corbas. Grâce à ces opérations, le partenaire impulseur devient un acteur engagé sur le territoire, en réalisant des actions de coaching auprès de ces femmes pour les préparer à la réinsertion à l’issue de leur peine.

Opération menée avec Sport dans la Ville, une des nombreuses actions sociétales du club – Crédit photo : LDLC ASVEL Féminin
Parmi nos partenaires impulseurs, on peut bien sûr citer LDLC, notre naming-partner, qui flèche beaucoup des opérations partenariales vers les actions sociétales, et Ciril Group également, avec qui nous avons réalisé une belle action récemment autour de l’inclusion des personnes malvoyantes. Enfin, beaucoup de nos partenaires sont très engagés au sein de notre pilier « Grandir par le sport » et mènent des actions avec les collégiens depuis plusieurs années pour prôner la mixité dans les cours de récréation, dans les jeux.
LDLC ASVEL Féminin a traversé quelques turbulences économiques en fin de saison dernière avec l’obligation de renoncer à la Coupe d’Europe pour des raisons budgétaires. Aujourd’hui, quelle est la trajectoire budgétaire du club ? Comment redynamisez-vous le projet économique ?
Nous avons vécu un printemps et un été très difficiles en nous retrouvant victimes d’un partenaire mauvais payeur et ce alors que nous œuvrons au quotidien pour maintenir toutes les parties du club au plus haut niveau d’exigence. Nous avons eu peur avec la menace de la relégation au niveau régional, ce qui aurait été très difficile étant donné le travail fourni par tous nos salariés.
Mais le Président s’est très montré très présent et a su faire les bons choix pour maintenir le club au plus haut niveau national. Nous avons réajusté notre budget en comptant sur le grand soutien que nous ont offert tous nos partenaires. Le soutien a aussi été très fort de la part du secteur sportif, du coach. Nous avons certes dû revoir nos ambitions à la baisse cette saison, mais pour autant, LDLC ASVEL Féminin reste un club aux fortes ambitions sportives et l’on espère pour la saison prochaine pouvoir rebondir et tutoyer à nouveau les sommets avec des ressources cohérentes.
Pouvez-vous nous donner une estimation du budget pour la saison prochaine ?
Je ne peux pas répondre encore car nous sommes en pleine construction du plan budgétaire ainsi qu’en phase de recrutement et l’on attend encore des éléments financiers de la part de nos actionnaires afin de définir précisément le budget sur lequel s’appuyer la saison prochaine. Ce sera un budget raisonnable, qui ne représentera pas un bond fulgurant entre les deux saisons. Nous voulons apprendre de cette expérience récente et ne pas nous brûler les ailes. Nous souhaitons avancer dans la prudence. Le budget devrait marquer une légère progression, mais c’est dans l’attente de la validation de toutes les données.
Le contexte économique global est-il un frein pour construire le budget ?
C’est plus difficile de trouver des partenaires, c’est sûr. Ou bien, quand ils nous rejoignent, ce sont des sommes qui sont différentes des saisons précédentes. C’est pour cela que j’invoque la prudence dans la construction de nos budgets. L’économie générale et le contexte politique forment une conjoncture incertaine mais nous sommes confiants pour une augmentation raisonnable du budget du club la saison prochaine.
Parmi les éléments budgétaires, pouvez-vous décrire la répartition entre les apports des collectivités, les recettes issues des partenariats privés, celles issues de la billetterie ?
Je ne saurais pas indiquer les pourcentages précis, mais en ce qui concerne les ressources issues des collectivités, il faut prendre en compte le fait que Lyon est une métropole avec une forte densité de clubs. Nous bénéficions donc mécaniquement de moins de subventions et d’achats de prestations par rapport aux autres clubs de la Ligue Féminine de Basketball. Dans notre modèle économique, la part des collectivités est minime par rapport à l’apport du privé. Notre club est construit sur une force commerciale très importante et toutes les actions que l’on mène visent à dynamiser l’attractivité auprès de partenaires, essentiels à notre modèle économique.
LDLC ASVEL est une dénomination commune au club féminin et au club masculin, cela permet-il de mutualiser des partenariats économiques entre les deux clubs ?
Non, ce sont deux SAS (sociétés anonymes simplifiées) avec certes un actionnaire majoritaire commun mais qui représentent deux clubs complètement distincts, donc il n’y a pas de partenariats qui soient négociés en commun. Les deux structures disposent chacune de leur comité de direction et de leur équipe commerciale et fonctionnent de manière autonome.
De plus nous représentons le club de Lyon, tandis que les hommes représentent le club de Villeurbanne, ce qui constitue une différence symbolique majeure.
Quel impact le déménagement depuis la salle Mado Bonnet vers le Palais des Sports a-t-il eu en termes de fréquentation, de billetterie, et plus largement de fan expérience ? Le club a-t-il mis en place des actions spéciales pour fédérer encore plus les supporters autour du club ?
Tout d’abord, je remercie la ville de Lyon de nous avoir offert la capacité de partir au Palais des Sports. Le Palais des Sports est un véritable outil économique pour le club, qui nous permet de recevoir nos partenaires dans de bonnes conditions et de pouvoir nous développer commercialement avec une offre beaucoup plus étoffée. Nous disposons de salles annexes dans lesquelles nous pouvons organiser des interventions, proposer des séminaires, des tables rondes, des manifestations autour de nos sujets sociétaux. Économiquement, c’est un vrai levier pour le club.
Pour notre public, cela représente un changement important puisqu’il avait vécu notre premier titre à Mado Bonnet, donc sentimentalement, cela a pu être une transition difficile pour certains. Nous faisons en sorte que les 2000 supporters de moyenne qui viennent soutenir nos joueuses se sentent bien au Palais des Sports. Pour la fan-experience, nous proposons une thématisation pour une large majorité des rencontres, et nous disposons d’un espace qui accueille des expositions, des jeux pour les enfants autour du carnaval, des jeux gonflables… Nous essayons d’animer l’ensemble du temps de match, avant, pendant la mi-temps et en après-match, en proposant une expérience qui dépasse le spectacle sportif seul, et qui permette de partager des moments entre amis, en famille, autour du basket.
Comment déployez-vous ces animations auprès du public ? Y a-t-il une communication spécifique sur la fan-experience ?
Il y a deux vecteurs : d’abord nous partageons les animations sur nos réseaux sociaux, et ensuite nous insistons sur la récurrence, afin de créer un rendez-vous identifiable autour de la fan-zone. Notre public est majoritairement familial. Ce sont donc des animations qui s’adressent aux familles. Leur récurrence nous permet aussi de fidéliser nos spectateurs mais également de nous faire connaître en faisant savoir qu’à chaque match de basket de LDLC ASVEL Féminin, il y a une zone d’animations qui augmente l’expérience lors de leur venue au Palais des Sports.
Le basket est un sport propice à la présence d’animations. Il y a toujours des temps morts, les quart-temps, qui permettent de faire intervenir nos pom-pom girls, d’organiser des shows de danse, des jeux qui créent l’interaction avec le public tout le long du match.
Parvenez-vous à co-construire les animations avec les sponsors, afin de capitaliser sur cette interaction ?
Oui, nos partenaires ont un terrain pour s’exprimer au sujet de leurs actions sociétales notamment. L’opération parrainée par Ciril Group en faveur des personnes malvoyantes a par exemple été montrée pendant le match et le partenaire a été mis à l’honneur par le speaker. Ce sont donc des actions tout à fait possibles.
Lors du dernier match de l’équipe de France féminine de basket à Lyon, on a pu voir Wendy Renard dans les vestiaires de l’équipe de France. Vous avez évoqué le bassin lyonnais où le sport féminin est très représenté, avec l’OL Lyonnes comme locomotive, mais aussi l’ASUL Handball ou le LOU Rugby féminin, Championnes de France à 7. Est-il possible de développer des synergies basées sur le sport féminin pour fédérer tous ces clubs ?
Il y a eu et il y a la volonté de le faire. Il y a néanmoins des difficultés structurelles, propres au sport féminin, où nos clubs disposent de moins de ressources humaines, ce qui réduit la possibilité d’anticiper des stratégies éloignées de nos saisons et nos enjeux sportifs directs. Nous avions essayé avec l’OL Lyonnes, sous notre impulsion et celle de Vincent Ponsot, de voir les synergies que l’on pouvait mettre en place.
Nous entretenons des liens réguliers avec les joueuses d’OL Lyonnes qui, quand elles le peuvent viennent à nos matchs et inversement. Nous avons bien sûr la volonté d’aller plus loin.
Pour SportpowHER, la trajectoire des championnes est un récit essentiel, notamment leur parcours professionnel. Comment les joueuses du centre de formation de LDLC ASVEL Féminin sont-elles accompagnées dans leur développement académique et scolaire ? Y a-t-il des joueuses engagées dans des doubles projets et est-ce que les partenaires y sont impliqués ?
Les joueuses du centre de formation de LDLC ASVEL Féminin bénéficient d’une structure très confortable puisqu’elles sont hébergées à la Tony Parker Adequate Academy, un site qui regroupe les terrains d’entraînement, les salles de musculation, l’école, un internat, ainsi que le réfectoire et toute la partie restauration. Nos joueuses en formation disposent de conditions de performance idéales qui leur permettent de ne pas devoir aménager leurs parcours. Elles sont de plus accompagnées par notre directrice du centre de formation, Johanne Gomis, ancienne professionnelle qui peut ainsi partager son expérience au quotidien avec elle.
Quant au sujet des doubles projets des joueuses professionnelles, elles sont toutes autonomes que ce soit sur des études à distance, des formations ou sur la construction de leur projet de reconversion professionnelle. Le club est facilitateur de ces ambitions personnelles, y compris en mettant les joueuses en relation avec les partenaires concernés et pertinents. Je peux citer par exemple Ingrid Tanqueray, qui a été accompagnée par un de nos actionnaires. Nous sommes facilitants mais cela reste des décisions personnelles qui émanent des joueuses.
L’écosystème du basket français semble fragile, avec des défaillances majeures pour Tarbes, ou le club de la Roche-sur-Yon qui connaît également des difficultés. Quelle vision portez-vous pour consolider cet écosystème ? Quels seraient les axes, les leviers selon votre opinion pour améliorer la pérennité financière du basket féminin français ?
C’est un sujet complexe, sur lequel il est difficile de répondre, et qui est je crois multifactoriel. Premièrement, le sport féminin dans son ensemble manque de visibilité, de médiatisation. Les Jeux Olympiques mobilisent toujours un attrait et un intérêt puissants, mais qui reste concentré sur les équipes nationales. À la Ligue Féminine de Basketball, les dirigeants travaillent pour une meilleure visibilité, pour attirer des namers et des partenaires qui permettent de promouvoir La Boulangère Wonderligue et améliorer le niveau général. Mais l’économie reste très fragile et le manque d’intérêt général pour le sport féminin fait qu’il est plus difficile d’exister aux yeux des sponsors et des investisseurs.
Les leviers à actionner pour développer notre écosystème sont nombreux mais supposent une réflexion collective de la part de l’ensemble des acteurs, depuis la Fédération jusqu’aux clubs.
Dans ce contexte économique, on peut ajouter la concurrence internationale, dont la WNBA ou Unrivaled, la ligue dans laquelle a brillé Dominique Malonga, une des joueuses que LDLC ASVEL Féminin a formées. Project B se construit aussi. Comment le basket féminin français peut-il se positionner dans ce développement international, avec une concurrence aussi qui se structure ? Comment se positionner ? Comment peut-il se réinventer selon vous ?
Nous subissons la perte de nos talents, de nos joueuses françaises qui sont attirées par ces projets, qui peuvent paraître de beaux projets où s’impose aussi l’attrait de l’argent. On parle de sommes offertes aux joueuses sur lesquelles nous, clubs français, nous pouvons très difficilement nous aligner. Alors nous analysons cela avec beaucoup de vigilance tout comme le Président Jean-Pierre Hunckler. Peut-être ces sujets seront-ils abordés à l’occasion des qualifications pour la Coupe du Monde que nous accueillons à Lyon (du 11 au 17 mars), car nous devons nous positionner et réagir (ndlr : ITW effectuée en amont de cet événement).
Il faut aussi comprendre la possibilité pour nos joueuses françaises d’évoluer avec des grands noms au sein de ces nouvelles formules mais nous devons défendre notre Championnat, qui est reconnu à l’échelle européenne et mondiale.
Le championnat est en effet très reconnu avec des équipes qui performent en EuroCup et en Euroligue. Comment construire une réponse pour rester compétitif sportivement et dans l’attractivité envers les joueuses ?
Il faut aussi évoquer le sujet des joueuses qui ont été formées par nos clubs et sur lesquelles nous investissons fortement. Il faut évoluer vers des réglementations fédérales à mettre en place, y compris au niveau international. Pour les clubs, il est trop difficile de rivaliser financièrement. D’autant que sur l’ensemble des clubs de Wonderligue, il y a une baisse de la masse salariale sportive, donc la tendance n’est pas à une augmentation excessive des salaires dans le championnat français. Et au-delà de tout ça, pour nos jeunes joueuses, il y a désormais la concurrence des universités américaines.
Malgré le contexte, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la fin de saison et pour la saison prochaine ? Sur le plan sportif et sur le plan du projet économique ?
Nous espérons d’abord pouvoir reconquérir une place en Eurocup. Pour la suite, nous souhaitons nous réaligner avec les résultats qu’a connus le club auparavant et bien sûr faire grandir notre volet sociétal. Pour le club, c’est un double projet inséparable construit sur le sportif et le sociétal. Et enfin nous souhaitons que nos supporters soient heureux de suivre le club et se retrouvent totalement dans ces projets de club à mission.



