Le 1er juillet 2026, le Volley Mulhouse Alsace, club central du volley féminin français, actera la modification de ses statuts avec la création d’une SAS et un changement de gouvernance. Pour témoigner des nouvelles ambitions du club, SPORTPOWHER© a rencontré le futur président de la société sportive, Florent Pérard. Un échange sincère et transparent pour éclairer sur la vision du club, le rôle des partenaires-investisseurs, son ambition pour un volley ancré sur son territoire, et les contraintes structurelles du volley français dans l’écosystème mondial.
Florent Pérard, vous serez probablement le futur président de la nouvelle société qui administrera le Volley Mulhouse Alsace, un club duquel vous êtes à titre professionnel déjà un partenaire important. Si l’on peut revenir sur ce rôle, pouvez-vous décrire quels sont les objectifs ciblés par un partenaire à travers l’engagement pour le volley féminin ?
Tout d’abord, nous sommes avec mon épouse passionnés de sport, de sport féminin et notamment du VMA, que l’on suit activement depuis plus de douze ans. Et en tant qu’agent général d’assurances, je représente une marque d’assurance très largement reconnue dans le monde du sport, le groupe Allianz, assureur des Jeux Olympiques, namer de grandes arenas en Europe. Mon rôle en tant que directeur d’agence, c’est de convertir une notoriété mondiale en dynamisme local. Grâce au partenariat développé avec le Volley Mulhouse Alsace, et notamment le naming de l’espace premium d’hospitalité au Palais des Sports, ce sont nos agences de proximité et notre travail en tant que Pauline et Florent Pérard, agents d’assurance, que l’on a pu mettre en avant auprès des parties prenantes du club.
Concrètement, la marque Allianz est un levier pour générer des prospects, mais le naming que l’on a apposé est un levier opérationnel pour maximiser les contacts directs avec ces prospects. C’est un outil de notoriété de proximité très important, au sein d’un espace de rencontres et de connexions entre chefs d’entreprises.
Être partenaire-titre de cet espace implique naturellement de l’animer avec conviction et l’énergie que nous y consacrons rejaillit sur des connections d’affaires.

Naming de l’espace partenaire premium du palais des Sports de Mulhouse par Allianz – Crédit Photo : VMA
Vous évoquez le réseau business du Volley Mulhouse Alsace, combien de partenaires ce club représente-t-il ?
L’espace dont nous sommes les namers représente une cinquantaine de partenaires premium, auxquels il faut bien sûr ajouter les membres de l’autre espace business du club, qui représente entre 150 et 200 partenaires.
Dans l’actualité brûlante du club, il y a le passage en société, dont vous allez être le président. Pouvez-vous détailler quelles seront les ressources du Volley Mulhouse Alsace ?
Pour construire l’équipe que l’on connaît aujourd’hui, avec sa réputation, son palmarès et la saison qui est en train de s’accomplir, il faut disposer d’un budget qui soit au moins égal à celui de la saison actuelle, donc pour 2026-27, notre budget devrait s’équilibrer autour de 2,5 millions d’euros. Et à ce jour, je suis pleinement focalisé sur le développement de centres de profit supplémentaires pour augmenter notre budget d’1 million de plus à horizon 2027-28.
Notre volonté à nous, car nous sommes conscients des incertitudes économiques au niveau national, mais aussi des potentielles évolutions post-électorales, serait de dépendre le moins possible des collectivités locales et territoriales. Aujourd’hui, les collectivités nous soutiennent à hauteur d’environ 700 k€ et nos partenaires privés nous apportent environ 1,1 m€. La restructuration du catalogue commercial que nous mettons en place ainsi que l’animation de nos équipes vont tendre à dynamiser nos ressources privées, afin d’être moins dépendant des collectivités territoriales.
Est-ce que ces ressources sont complétées par de la billetterie ou du merchandising ? Y a-t-il des ressources liées à votre parcours en Coupe d’Europe ?
Au niveau européen, plus le club va loin dans les compétitions, plus cela nous entraîne des frais en déplacements, en hébergement, en restauration, en organisation, qui sont ensuite amortis par le prize-money remporté durant notre parcours. Quant au championnat de Saforelle Power 6, il n’offre pas de prize-money. Donc nos solutions pour maximiser nos recettes reposent sur l’écosystème que l’on veut créer autour des rencontres, depuis la boutique à l’expérience en restauration, et la billetterie.
Nous travaillons donc activement à des solutions cashless pour réduire les points de friction pour nos spectateurs et l’autre levier stratégique est celui du yield management de notre billetterie.
Nous souhaitons ainsi nous engager dans une nouvelle dynamique de politiques tarifaires pour optimiser nos chiffres d’affaires et nos recettes. Et au-delà de ça, construire tout l’écosystème autour du match de volley pour que nos spectateurs vivent une expérience familiale, s’identifient aux valeurs du club tout en s’inscrivant dans une expérience de consommation et d’attachement à travers la restauration et notre merchandising. Sur ces aspects-là, le Volley Mulhouse Alsace dispose d’excellents fondamentaux sur lesquels nous allons capitaliser.
Est-ce que la transition vers le statut de société est un levier pour développer ces ressources marketing ? Et plus largement, dans l’exploitation de l’outil de travail qu’est le Palais des Sports Gilbert Buttazzoni ?
C’est même un levier essentiel. Notre appel aux investisseurs, clos le 15 février dernier, nous a permis de lever plus de 200 k€ de liquidités qui vont former le futur capital du club. Dans le pitch réalisé à l’ouverture du capital, nous avions l’intention, le parti pris de rassembler le plus grand nombre d’acteurs du territoire. Notre capital social est constitué par l’apport de près de 70 actionnaires. Il est essentiel pour nous que chacun puisse accéder, puisse posséder un bout du club afin de participer à une aventure collective.
Ce capital social porté par les investisseurs de tout un territoire est un formidable levier financier pour lancer des investissements structurants majeurs comme l’automatisation et la la digitalisation de certaines opérations.
Quant à l’exploitation du Palais des Sports, dont nous sommes co-résidents avec d’autres clubs de l’agglomération, nous avons des volontés mais nous ne sommes pas propriétaires donc pas décisionnaires. Le Palais des Sports appartient et est géré par M2A, la communauté de communes.
Nous réalisons des affluences de près de 3000 spectateurs par jour de match et pour dynamiser, capitaliser sur l’engouement populaire que représente le Volley Mulhouse Alsace, nous avons émis des projets pour développer un écosystème que l’on puisse exploiter à 100% afin de maximiser nos recettes. Nous aimerions proposer un restaurant éphémère, une boutique éphémère, des espaces séduisants capables de séduire nos clients venus voir le match au Palais des Sports. Leur offrir une expérience différente et un sentiment d’appartenance engageant, que l’on puisse convertir au niveau commercial.
Le succès en Coupe d’Europe change-t-il le public qui vous soutient à Gilbert Buttazzoni ?
Cette année, les performances sportives très positives nous permettent d’attirer entre 2700, 2800 spectateurs de moyenne, et nous avons franchi la barre des 3000 depuis le mois dernier et nous arrivons à un taux de remplissage de 85%. Il faut d’ailleurs féliciter le travail de l’équipe média dans la communication en amont des matchs. Pour les rencontres de Coupe d’Europe, nous vendons les places plus chères, mais l’ambiance qui règne et l’accessibilité des joueuses sont des atouts incomparables du volley mulhousien pour attirer les spectateurs même en semaine.
Le lien avec les joueuses est aussi important ?
À titre individuel, si j’ai moi-même en tant que partenaire, investi dans cette équipe c’est parce que j’ai été séduit par la proximité et l’accessibilité d’un staff et d’une équipe avec qui les spectateurs et les partenaires peuvent débriefer le match, faire des photos, discuter, offrir et partager d’excellents moments autour du match. Cette proximité non feinte est un atout fondamental pour fédérer notre fan-base.
Vous avez évoqué le travail de l’équipe de communication, vous évoquez la proximité des joueuses, est-ce qu’elles sont impliquées dans la stratégie de communication, dans la diffusion de la communication sur les réseaux par exemple ?
Aujourd’hui, les joueuses ne sont pas incluses dans une communication co-construite avec elles, mais elles sont les relais de nos messages sur les réseaux. Mais c’est un axe que nous allons développer en intégrant d’abord le coach, André Sa, pour produire des contenus selon ses idées, qui puissent dynamiser l’aspect “inside”, qui puissent séduire le staff et les joueuses afin qu’elles soient encore plus fières de partager nos contenus.
À côté de ce projet, ce à quoi nous accordons beaucoup d’intérêt, c’est notre capacité à produire des contenus qui fassent de nos supporters les premiers diffuseurs de nos actions et de notre communication. Cela passera par des animations sur le terrain, en invitant nos publics à venir sur le parquet pour maximiser l’effet de fierté et l’envie de partager ce moment sur les réseaux, en animant les tribunes… nous voulons faire de nos supporters les premiers promoteurs de notre spectacle.
Cela rejoint clairement notre volonté de faire du Volley Mulhouse Alsace un club qui appartient au plus grand nombre, qui anime le territoire, qui anime les discussions dans les familles.
Les résultats en Coupe d’Europe sont très satisfaisants, en particulier cette saison, est-ce que le fossé concurrentiel avec des pays comme l’Italie ou la Turquie se réduit ?
Nous parvenons à lutter sportivement, mais les conditions économiques ne sont pas les mêmes. La masse salariale d’un effectif de très haut niveau n’est pas comparable entre la France, l’Italie et la Turquie, dont les niveaux de cotisations sociales sont bien moins élevés. À Mulhouse, nous posons les premières briques structurelles qui pourront nous permettre de faire progresser notre budget afin de nous rendre compétitifs face aux grandes puissances des championnats italien et turc.
Les différences de conditions financières, comme l’expansion de nouvelles ligues aux États-Unis par exemple, constituent-elles des risques de départ dans les effectifs français ?
C’est en effet une situation qui nous touche de manière directe quand nos joueuses ou même les membres du staff sont approchés par des franchises aux moyens colossaux. Nous disposons d’une force avec le centre de formation à Mulhouse et le pôle espoir qui permet d’alimenter le groupe professionnel. Mais cette force reste à mon sens insuffisante face à la nouvelle concurrence internationale.
Vous évoquez le centre de formation du VMA et l’un des sujets majeurs du sport féminin est justement l’accompagnement dans les doubles projets sportif et professionnel. Comment le club structure son soutien à ces doubles projets ?
C’est effectivement un sujet majeur, et si je reprends mon rôle d’assureur, le sujet de la prévoyance est essentiel à mon activité et mes engagements. Je suis très attentif à la gestion de la sportive et de son après-carrière. En tant qu’assureur, partenaire, président désormais, je dois avoir cette réflexion pour que les joueuses aient un parcours fléché, qui les libère de la charge mentale inhérente à la préparation de la retraite sportive.
En tant que président du club, je travaille à ouvrir de nouveaux centres de profits dans notre modèle économique. La problématique de la reconversion s’inscrit pleinement dans une activité que nous allons développer, sous l’identité commerciale de VMA Formation, dont le pôle sera à Mulhouse et qui sera accessible à toutes les joueuses nationales. Nous souhaitons créer un centre de formation à « l’après », que ce soit la reconversion professionnelle comme la gestion de patrimoine, pour que les championnes qui ont tant donné pour leur sport puissent profiter des fruits de leur investissement.


