Le FC Nantes Féminines vit une seconde saison historique en Arkema Première Ligue : deuxième provisoire au classement, le club est leader des affluences à la mi-saison avec 5776 spectateurs de moyenne, et les deux meilleures affluences de 2025/26. Un enthousiasme populaire qui se traduit auprès des partenaires, avec deux nouveaux sponsors enregistrés début janvier. Pour comprendre la stratégie du FC Nantes Féminines et explorer son ambition, SPORTPOWHER© s’est entretenu avec Gilles Rampillon, vice-président de la section féminine, et figure illustre du FC Nantes.
Faire de l’équipe féminine le nouveau relais de l’identité du club
Le FC Nantes est un historique du football français masculin : 8 fois champion de France, quadruple vainqueur de la Coupe de France, club formateur d’un certain Didier Deschamps et de nombreuses légendes de l’équipe de France, le FC Nantes dispose, pour les générations passées et présentes, d’un fort attachement émotionnel, tant à l’échelle régionale que nationale. Célèbres pour le “jeu à la nantaise” inventé dans les années 60 par José Arribas, les “canaris” véhiculent une identité puissante que Gilles Rampillon, milieu de terrain des jaune-et-vert de 1970 à 1982, et aujourd’hui vice-président de la section féminine, décrit ainsi : « l’interaction entre les joueurs, entre les joueuses est plus importante que la seule valeur individuelle du joueur, de la joueuse, et c’est le développement des relations techniques entre les individus qui permet de produire du jeu en mouvement, de construire des actions et d’être efficace.”
Cette composante de l’identité du football nantais se retrouve dans l’imaginaire des joueuses et sert d’atout afin de les séduire pour intégrer le club, à l’image de Lucie Calba qui a déclaré en interview avoir choisi Nantes “parce qu’il y a le jeu à la nantaise”.
Les résultats de l’équipe en Arkema Première Ligue remettent en lumière ces préceptes de jeu et en font un des leviers de l’engouement populaire du public pour ses joueuses. Lors du match contre Les Marseillaises le 14 décembre dernier, à l’occasion duquel le stade de la Beaujoire a accueilli 17.491 spectateurs (meilleure affluence de la saison en cours), Gilles Rampillon a ressenti “une puissance émotionnelle très forte au sein du public, renforcée par la présence nombreuse de familles, et des jeunes issus des clubs partenaires sur le territoire nantais”.
Parmi les fondamentaux de l’identité du football “à la nantaise”, Gilles Rampillon cite la créativité et fait le parallèle avec une caractéristique très distinctive des équipes féminines, leur présence sur les réseaux sociaux : “c’est quelque chose que je constate en côtoyant l’équipe féminine professionnelle, qui anime ses réseaux avec beaucoup de cette créativité propre au FC Nantes, grâce à des contenus inside et des capsules hors sportif improvisées qui nous offrent une grande visibilité auprès des nouveaux publics.” Pilotée par Nathalie Querouil, la communication digitale de la section féminine vise en effet à fédérer de nouvelles audiences tout en s’appuyant sur les amoureux transgénérationnels du FC Nantes.
Pour Gilles Rampillon, le contexte actuel autour de l’équipe masculine fait que “c’est peut-être plus facile de développer le modèle du FC Nantes à travers les féminines”, en les positionnant comme un héritage nouveau de son ADN : formation, créativité, esprit de conquête et jeu séduisant.
Assumer la proximité et l’ancrage territorial
Le 6 janvier dernier, deux nouveaux partenaires se sont associés à la section féminine du FC Nantes : la chocolaterie Vincent Guerlais et Protextyl, distributeur de vêtements professionnels. Ces deux sponsors rejoignent un pool de sponsors presque exclusivement locaux qui inscrit le FC Nantes Féminines au cœur de son patrimoine économique et industriel territorial.
Ces partenariats sont valorisés par une équipe commerciale commune à l’ensemble des sections du club mais commercialisés séparément, sans couplage avec l’équipe masculine.
Pour Gilles Rampillon, “l’équipe joue le jeu des rencontres avec les partenaires, de la proximité, qui peuvent solliciter des photos avec les joueuses ou des remises de maillot. Il y a une forte disponibilité des joueuses pour les partenaires.”
La proximité est un atout travaillé également au niveau de la formation à travers plusieurs dispositifs. D’une part le réseau de clubs partenaires cultivé par le FC Nantes Féminines, et mis en valeur par les entraînements délocalisés. D’autre part les actions “Cap Jaune et Vert”, soutenues par le district de football de Loire-Atlantique et qui permettent à un club amateur du territoire d’accueillir deux joueuses. Une manière de consolider le réseau de formation qui permet de flécher les meilleurs éléments vers le club élite régional.
Enfin, le troisième dispositif est l’inclusion des joueuses dans le dispositif de préformation, à l’image de Camille Robillard, elle-même formée au club et éducatrice des U11 féminines.
L’identification des jeunes joueuses du tissu local aux professionnelles senior permet de dynamiser le sentiment d’appartenance au club tout en adressant à chacune des parties prenantes les valeurs communes et l’ADN du FC Nantes. L’éclosion de Juliette Mossard également formée au club au sein de l’équipe première contribue à affermir l’ancrage local entre l’équipe et ses supporters.
La dernière dimension de la proximité cultivée est la relation avec le public. Passionné, connaisseur, le public nantais trouve dans l’équipe d’Arkema Première Ligue une complicité, une convivialité et une joie partagée avec les joueuses, comme le décrit Gilles Rampillon : “je prends l’exemple du match contre l’Olympique de Marseille (Les Marseillaises, ndlr) avec un public et des joueuses qui se transmettaient mutuellement des émotions très fortes.”
Le travail mené par le club pour inviter les clubs partenaires mais aussi pour attirer à la fois un public familial nouveau et une base de fans de la marque club “FC Nantes” contribue à dynamiser le lien existant entre l’équipe et les spectateurs. La dynamique de victoires, relayée par les médias locaux, contribue à enrichir le récit d’un “nouveau chapitre dans l’histoire du FC Nantes, développé par les féminines”.
Consolider le modèle économique par l’infrastructure
Fondée en 2008 avec l’ouverture des premières équipes jeunes, la section féminine du FC Nantes reste économiquement fragile et dépend sur le plan financier entièrement de la structure professionnelle masculine.
Le FC Nantes Féminines dispose d’un budget parmi les plus faibles de Première Ligue et oblige à une politique économique contrainte autant dans les conditions de déplacement que dans l’attractivité salariale envers les joueuses. Les sollicitations des meilleurs profils par les clubs étrangers sont difficiles à refuser, à l’image de Kelly Gago, partie à Everton après ses toutes premières sélections en Équipe de France, et le recrutement de joueuses doit se faire dans un contexte financier restreint.
Pour développer son modèle économique, la section féminine veut s’appuyer sur deux leviers majeurs : poursuivre son dynamisme commercial BtoB, en étoffant le portefeuille de partenaires, et sur le plan BtoC, engager la conversion croissante en billetterie payante lors des grands matchs, avec une tarification accessible, de 5 à 10€ la place en fonction du placement, mais qui redessine la valeur adressée au ticket d’une grande rencontre.
La location du stade de la Beaujoire est en effet une charge majeure, de l’ordre de 40 k€, que le club doit amortir financièrement, au-delà du gain d’image apporté.

Record d’affluence pour le FC Nantes Féminines lors de la réception des Marseillaises à la Beaujoire – Crédit Photo : FC Nantes
La question de la Beaujoire induit le rôle du développement des infrastructures pour créer de la valeur. Or le centre sportif de La Jonelière, dont une partie des terrains est classée Natura 2000, ne permet pas une extension pour offrir un cadre de travail dédié aux féminines. La pression foncière sur l’agglomération est un frein important et contraint par exemple la section à délocaliser ses entraînements, faute de terrain disponible.
Enfin, la dépendance financière de la section féminine à la structure masculine l’expose au risque de contamination par les difficultés inhérentes au football français professionnel et à la conjoncture autour des droits TV. Toutefois, le président de la SA FC Nantes Waldemar Kita a rassuré récemment en affirmant que la section féminine serait pérennisée dans ses moyens quelle que soit la situation sportive de l’équipe masculine.
Avec un modèle économique en développement, la section féminine s’appuie donc sur son identité sportive et ses performances pour créer les conditions de l’attractivité commerciale et développer ses ressources.
L’ambition naturelle d’un club à viser très haut
“L’idée, l’ADN du FC Nantes, en se référant à l’exemple que j’ai vécu en tant que joueur, c’est la progression, le désir de progresser et j’entends cela dans tous les domaines et à tous les niveaux, à commencer évidemment par le terrain” déclare Gilles Rampillon.
Sportivement, le club, passé tout proche de la relégation en D3F en 2023 et désormais dauphin de Première Ligue, récolte le fruit de son travail et de son ambition.
Ces résultats entraînent un engouement populaire certain, avec 3 matchs à plus de 13.000 spectateurs en un an, et que le vice-président de la section féminine souhaite voir progresser : “Pour la réception du Paris Saint-Germain, il est possible de dépasser les 20.000 spectateurs. C’est notre ambition de réaliser le record de spectateurs le 28 mars, et montrer l’enthousiasme des supporters devant notre équipe féminine.”
Amplifié par la stratégie de communication, notamment sur les réseaux sociaux, cet engouement doit engager toute la communauté d’acteurs économiques auprès de la section féminine pour lui pourvoir plus de ressources, afin de rêver du retour du FC Nantes en Coupe d’Europe, son terrain de jeu naturel selon Gilles Rampillon, mais cette fois incarné par ses joueuses.


