Popularisés en France depuis la Coupe du Monde de Football 2018, les concepts de diplomatie sportive, sport power ou géopolitique du sport démontrent combien le sport professionnel et globalisé est un atout majeur au service des États pour orienter des romans nationaux, développer une influence en matière de gouvernance des organisations, voire infléchir des canaux diplomatiques. À l’occasion de la Journée Internationale du Sport Féminin, SPORTPOWHER© s’est entouré de Caroline Azad, Souad Soulimani, Lindsay Krasnoff et Popi Sotiriadou, chercheuses, expertes sur la question des liens d’influence et diplomatiques pour éclairer le rôle spécifique du sport féminin dans le rayonnement de la puissance culturelle, étatique ou diplomatique de l’Iran, du Maroc, de l’Australie et des États-Unis.
Comment le sport accompagne la puissance géopolitique des nations : rappels sur le “sport power”
La puissance des États dans le concert international est un élément multifactoriel, comme les travaux de Raymond Aron, et surtout Joseph Nye le démontrent. Pour le premier, la puissance “c’est la capacité d’une unité politique d’imposer sa volonté aux autres” (Paix et Guerre entre les nations, 1962). Le second, théoricien de la puissance américaine contemporaine, développe une approche en 7 facteurs : les ressources fondamentales d’un État (démographie, valorisation du territoire, taux d’éducation), la capacité militaire d’intervention et dissuasion, la capacité économique et de production, le potentiel scientifique et technologique, la cohésion nationale, le rayonnement culturel et l’influence dans les institutions internationales essentielles (Bound To Lead, 1990). Si les 4 premiers facteurs constituent la puissance “dure” (hard power), les derniers engagent toutes les formes de puissance “douce” (soft power) dans lesquelles s’insère parfaitement le sport moderne.
Le sport, champ démilitarisé de l’affrontement entre les nations, permet d’affirmer plusieurs de ces formes de puissance douce : en étant membre du CIO ou de la FIFA, ou en proposant une influence culturelle majeure, grâce à des récits collectifs ou individuels, amplifiés par la puissance médiatique.
Les travaux récents en géopolitique du sport montrent que le sport n’est pas que du soft power mais un reflet aussi de l’état de la puissance dure : soutien économique aux sportifs, infrastructures, développement technologique de la performance sportive, poids démographique du sport amateur qui conditionne la largeur d’un contingent olympique… Entre l’investissement qu’il suppose de la part des institutions et des gouvernements, l’importance de l’égalité hommes-femmes dans la promotion de la démocratie dans le monde et les nouveaux récits forgés par les médias, le sport féminin se présente comme un relais essentiel d’une nouvelle diplomatie fondée sur les valeurs et le progressisme.
Le poids du sport féminin dans les programmes mondiaux d’aide au développement et l’influence culturelle
Bénéficiaire d’une exposition médiatique croissante, dans les médias traditionnels mais surtout sur les plateformes numériques, le sport féminin connaît depuis la fin des années 2010 une croissance accélérée, avec un poids économique dépassant désormais les 2,35 milliards $, entraînant un écosystème entier dans son développement.
À l’échelle du sport global, dont le poids dépasse 500 milliards $ dans ses estimations les plus faibles (source IRIS, juillet 2025), le sport féminin reste un segment économique restreint.
Toutefois, le sport féminin est un outil régulièrement employé dans les stratégies des programmes d’aide au développement, comme le démontre Hussa El Khalifa avec l’exemple des programmes “Sport pour le Développement et la Paix” qui lie sport pratiqué par les filles et les femmes et accès à l’éducation. Outil de l’aide internationale, le sport féminin procède donc dans ces programmes d’une influence culturelle mais pas d’une force diplomatique en tant que telle. Même s’il n’est donc pas un instrument qui modifie les équilibres diplomatiques mondiaux, la manière dont certains pays se sont emparés du sport féminin pour redéfinir leurs discours face au monde permet de lui accorder un rôle géopolitique émergent, comme le démontrent les 4 exemples proposés dans ce panorama.
Le paradoxe iranien – Avec Caroline Azad, Docteure en sciences politiques et sociales à l’Université Libre de Bruxelles, auteure de Femmes d’Iran, football et résistances
En Iran, le football tient une place particulière dans l’image de la femme sportive. Une image fortement influencée par l’alternance des régimes politiques mais centrale dans la promotion d’une diplomatie sportive.
Avant la révolution islamique de 1979, l’Iran est déjà une puissance politique majeure en Asie, grâce à sa filiation historique à la Perse et militairement, grâce au soutien américain en place depuis les années 50 et le Pacte de Bagdad. Les revenus pétroliers et la stabilité politique permettent la modernisation de l’État et l’importation de standards culturels occidentaux, dont le sport.
Le football féminin, né dans un contexte de mobilisation des femmes à embrasser des changements civiques et sociétaux et soutenu par le Chah dès les années 60, est alors un outil de promotion de l’image nationale, celle de la femme et d’une certaine conception de la modernité. En particulier, l’absence sur les têtes des joueuses du voile islamique, qui a été banni dès 1936, symbolise le progressisme revendiqué de l’empereur le Chah Pahlavi. Une première rencontre internationale a lieu en 1971, entre l’équipe locale de Taj, et l’équipe nationale italienne, et contribue parmi d’autres actions à la création de l’équipe nationale en 1978, un an avant la révolution islamique.
Pendant les premières années de la phase révolutionnaire, la politique de ségrégation des sexes est un obstacle fondamental à la pratique sportive des femmes. À partir des années 90 (au sortir de la guerre Iran-Irak), les revendications de la base conduiront néanmoins le pouvoir central (théocratique) à promouvoir les infrastructures de loisirs à destination de la société. Parmi eux, le sport des femmes. À l’instar du futsal qui, contrairement au football qui se joue en plein air et offre l’image du corps de la femme en mouvement, va incarner le compromis entre demandes sociales et exigences idéologiques du nouveau régime en place.
À cette époque, le sport féminin iranien symbolise la volonté de légitimer l’idéologie politique islamique. Les jeux islamiques féminins sont organisés en 1993, ce qui engage l’Iran dans la mise en place d’une nouvelle diplomatie sportive axée sur un archétype de la « femme musulmane », nécessairement voilée. Ces jeux alternatifs dont est absent le football sont une stratégie assumée d’afficher le leadership iranien dans le monde musulman, notamment dans le contexte de la montée en puissance de l’Arabie Saoudite.
En 1998, la participation de l’équipe nationale masculine à la Coupe du Monde de football en France sera un événement fondateur. Pour la première fois depuis le bouleversement révolutionnaire de 1979, les nouvelles générations iraniennes ont ainsi l’occasion de montrer une image différente de celle mise en avant par l’État et davantage ouverte sur le monde. Cette exposition internationale va servir d’impulsion aux jeunes femmes passionnées de football, ce qui conduit au retour d’une équipe nationale féminine dès 2004. Si le développement et l’identité du football féminin iranien sont d’abord l’œuvre de la base, la discipline va également permettre à la République islamique d’imposer ses normes et ses codes dans la législation internationale. Ainsi, en 2024, la FIFA procède à un changement lexical dans ses statuts et autorise le port du voile. Interdit jusqu’alors pour le symbole politique qu’il représente, il est désormais considéré comme un “symbole culturel”.
Le récit sportif féminin iranien est donc depuis près d’un siècle un instrument privilégié des régimes autoritaires pour véhiculer les normes culturelles imposées, mais également pour affirmer leur supériorité idéologique au Moyen-Orient et dans le monde musulman. Outil de diplomatie sportive, le sport féminin iranien est cependant soumis à un paradoxe essentiel : vitrine du pays, la sélection nationale de football est d’ailleurs qualifiée pour la Coupe d’Asie, les sportives iraniennes restent extrêmement censurées à l’intérieur, comme en témoignent les cas de la grimpeuse Elnaz Rekabi en 2022 (qui a dû quitter le pays après s’être affichée, en plein mouvement “Femme Vie Liberté” sans le voile de rigueur lors d’une compétition d’escalade en Corée du Sud) ou les marathoniennes de Kish en 2025.
Le sport féminin pour affirmer le leadership continental du Maroc – Avec Souad Soulimani, référente au CNOSF et fondatrice de Médiapolis
Au Maroc, le sujet du sport féminin et son utilisation en tant que levier d’affirmation nationale remonte au moins à 1984, avec la médaille d’or de Nawal El Moutawakel, première femme africaine, et arabe musulmane à devenir championne olympique. La figure de Nawal El Moutawakel est dès lors centrale dans la représentation sportive féminine marocaine en étant son principal rôle-modèle, mais aussi son principal relais d’influence institutionnelle grâce à sa position au CIO et celle qu’elle a pu occuper en tant que présidente de la commission football féminin de la Fédération Royale Marocaine de Football.
C’est d’ailleurs le football qui est aujourd’hui l’instrument le plus visible de la géopolitique sportive marocaine, et en ce qui concerne le football féminin, le place en leader continental affirmé. Dès 2007, un rapport de la Commission Centrale du football féminin et futsal a appelé à “donner au football féminin marocain l’impulsion qu’il mérite, en vertu de la culture qui professe plus que jamais l’égalité des sexes et l’émancipation de la femme”.
Les infrastructures qui ont été érigées en conséquence, dès 2008 avec le Centre National du Football Féminin à Maamora, ont permis l’émergence de générations décomplexées de footballeuses, dont celle qui a éliminé l’équipe d’Allemagne lors de la Coupe du Monde 2023, marquant un exploit historique pour le football féminin marocain, qui participait là à sa première Coupe du Monde et se présentait avec 10 joueuses du championnat local.
L’exemple du football montre que le Maroc parvient à mettre au même niveau ses équipes masculines et féminines et la réussite dans les compétitions internationales vient concrétiser le récit sociétal selon lequel, au Maroc la question de la femme dans le sport est l’affaire de tous. Le sport féminin est un élément moteur de la vie de la cité.
Sur le plan diplomatique, le Maroc illustre grâce au football féminin son leadership continental. La définition de Joseph Nye du soft power, qui fait appel à la capacité d’influence dans les institutions, prend tout son sens. En effet, le cœur de la vie institutionnelle du football, voire du sport féminin africain, se déroule au Maroc, à l’image du premier symposium sur le football féminin, organisé à Marrakech sous la présidence de Nawal El Moutawakel, et ce alors que le siège de la CAF (Confédération Africaine de Football) se situe pourtant au Caire, en Égypte.
Le Maroc a construit une influence diplomatico-sportive de manière réfléchie, structurée et patiente. Les fruits les plus concrets de la domination institutionnelle du Maroc sur le continent africain grâce au football féminin sont l’organisation consécutive de 3 éditions de la Coupe d’Afrique des Nations (2022, 2024 et 2026) mais surtout l’obtention de la part de la FIFA de l’organisation des 5 éditions 2025 à 2029 des Coupes du Monde Féminine U17.
Ces Coupes du Monde U17 représentent un levier diplomatique majeur pour le Maroc du fait du poids démographique de la jeunesse africaine. En accueillant les jeunes générations de championnes, le Royaume montre d’une part l’attention que le Maroc porte à la jeunesse, et d’autre part met en lumière la qualité des infrastructures domestiques. Enfin, la capacité du sport à embarquer des rêves et des aspirations permet de faire naître des vocations parmi les jeunes femmes autour de la pratique sportive.
Au-delà du football, le Maroc, dont le dynamisme économique global est déjà un avantage continental, voit se développer un écosystème privé autour du sport. L’organisation à Casablanca du Salon du Sport Africain témoigne en elle-même de la puissance d’influence marocaine sur la thématique du sport et le rôle des leaders féminines dans cet écosystème démontre que le sport féminin marocain est bien un levier majeur de l’affirmation du leadership marocain sur le continent africain ainsi qu’à l’échelle globale.
L’Australie, l’exemple du sport féminin comme outil diplomatique majeur – Avec Popi Sotiriadou, Professeur Associée à l’Université de Griffith, spécialiste de l’équité de genre dans le sport
Capitalisant sur l’attribution des Jeux Olympiques de 2032 à Brisbane, l’Australie a développé un plan stratégique de diplomatie sportive intitulé “Australia’s Sports Diplomacy 2032+”, qui énumère et planifie les actions engagées par le gouvernement australien et ses partenaires, publics et privés, pour “renforcer la puissance nationale australienne à travers le sport dans ce qui est donc un exemple concret de stratégie de diplomatie sportive et de soft power par le sport.
Ce document, par son iconographie et les points principaux qu’il détaille, met en lumière le rôle spécifique du sport féminin dans l’action diplomatique australienne, à l’échelle indo-pacifique, océanienne ou à l’échelle globale.
Depuis 2021, l’Australie a en effet acquis une position de leadership sur le sport féminin, avec l’organisation successive de la Coupe du Monde Féminine de Rugby (décalée en 2022 en raison du COVID), de la Coupe du Monde Féminine de Basketball en 2022 et de la Coupe du Monde Féminine de Football en 2023. Compétitions auxquelles s’ajoutent les jeux du Commonwealth en 2026, la Coupe du Monde de Netball en 2027 et la prochaine Coupe du Monde Féminine de Rugby en 2029. Sans oublier l’Open d’Australie de tennis, le premier Grand Chelem de la saison et considéré comme un laboratoire d’innovation en matière de spectacle sportif.
L’accueil prochain des JO d’été à Brisbane, en 2032 apparaît donc comme un catalyseur essentiel pour approfondir ce leadership à l’échelle de l’Océanie, qui partage des racines profondes avec l’Australie en matière sportive et dont les liens culturels et démographiques peuvent être renforcés par les programmes de développement liés au sport féminin et mêlant éducation, gouvernance et émancipation à la pratique des activités physiques.

Les « Fijian Drua », exemple de la stratégie de coopération et de développement du rugby féminin par l’Australie dans la région Pacifique
L’Australie dispose de plusieurs actifs majeurs pour incarner son rayonnement sportif, culturel, économique et progressiste auprès de la zone Pacifique. Chacun de ces atouts permet d’activer des concepts distincts de la puissance, de l’incarnation et de l’attractivité économique.
Le premier de ces actifs est le netball, un sport au positionnement unique, majoritairement pratiqué par les femmes, et dont le championnat australien (professionnel) est la principale puissance mondiale. Sport aux caractéristiques hybrides entre handball, volleyball et basket-ball, le netball dispose d’une équipe exclusivement composée de joueuses issues des Premières Nations (Aborigènes et Île de Torres) surnommées les “Black Swans” et sert de lien culturel puissant avec les peuples pacifiques.
La multiculturalité du sport et des sportifs australiens est particulièrement incarnée par Cathy Freeman, championne olympique du 400 mètres à Sidney en 2000 et représentante aborigène. Elle est l’emblème australien de la réconciliation entre les Premières Nations et la société australienne issue du Commonwealth.
Le cricket est un des actifs les plus dynamiques du sport féminin australien, du fait de l’introduction prochaine de la discipline au programme olympique. Première nation mondiale au classement de l’ICC, l’Australie utilise le cricket comme lien direct notamment avec l’Inde pour consolider des alliances stratégiques.
Le rôle du rugby est également essentiel dans la relation avec la zone pacifique, mais c’est le football qui est la vitrine globale du sport féminin australien, grâce à la puissance médiatique des “Matildas”, l’équipe nationale, demi-finaliste de la Coupe du Monde en 2023 et héroïne d’une série documentaire à succès sur Disney +. Le parcours individuel de Sam Kerr permet également au football féminin australien de former une figure aspirationnelle pour une large communauté de jeunes joueuses à l’échelle océanienne.
Acteur essentiel du rayonnement culturel australien, le sport féminin est un pilier central dans la stratégie diplomatique du pays. Il est déployé comme un tremplin, à travers un amour commun du sport partagé par la zone Pacifique, vers des questions stratégiques d’investissement, de sécurité, d’éducation et d’emploi pour les pays partenaires de l’Australie. En particulier, l’Australie utilise le sport féminin pour consolider des programmes universitaires ou entrepreneuriaux à destination des sportives.
Ces programmes de formation, financés par différents acteurs de la stratégie diplomatique en fonction des supports et des objectifs visés, permettent aux femmes d’accéder à de nouvelles formes d’emploi, tout en raffermissant l’influence des valeurs sociétales et des acteurs économiques australiens sur la région.
À travers l’exemple australien, on observe l’intégration réelle et complète du sport féminin comme outil culturel, économique, éducatif et politique (sécurité, projet de société) dans la stratégie diplomatique. Le programme “Australia’s Sports Diplomacy 2032+” témoigne donc du rôle essentiel du sport féminin dans la stratégie d’influence régionale et globale d’un pays.
Aux États-Unis, le rayonnement culturel plutôt que le pouvoir d’influence – Avec Lindsay Krasnoff, Professeur Assistant à l’Institut Robert Tisch du Sport Global et consultante en diplomatie sportive
Puissance économique et médiatique leader du sport féminin, les États-Unis sont la vitrine globale du sport féminin professionnel. Pourtant, malgré un écosystème structuré, le sport féminin américain n’est pas un élément constitutif de la diplomatie sportive américaine, ni même de son soft power. Il est néanmoins un atout majeur de l’influence culturelle de la société américaine sur le monde, incarnée à la fois par une histoire, une organisation (notamment le sport universitaire), et des personnalités cultes de l’histoire sportive mondiale.
L’importance du tissu sportif féminin professionnel aux États-Unis trouve son origine dans une loi fondatrice : Title IX, votée en juin 1972 par le Concret américain et qui octroie un accès égal des femmes aux programmes sportifs universitaires, c’est-à-dire la possibilité de postuler aux “scholarships”, ces bourses scolaires essentielles à de nombreux étudiants pour financer leurs études supérieures grâce au sport. Concrètement, la loi Title IX a conduit au développement de programmes sportifs féminins dans les campus américains, dont celui de la célèbre coach Pat Summit à Tennessee, et donc la tenue de championnats universitaires sous l’égide de la NCAA.
Les programmes universitaires américains, en capitalisant sur le prestige académique national, ont permis d’attirer des joueuses étrangères, et en basket on recense les françaises Paoline Ekambi, qui a rejoint en 1984 l’Université de Marist, et plus tard Isabelle Fijalkowski, qui a joué pour l’Université du Colorado en 1994.
Les récentes évolutions législatives concernant la NCAA, dont l’approbation de la loi NIL autorisant la rémunération des athlètes universitaires, ont contribué à confirmer l’attractivité des programmes NCAA auprès des joueuses internationales, marquant un renouveau du rayonnement sportif universitaire américain. Pour le sport féminin, les programmes de hockey sur glace, softball, volley-ball sont les autres principales vitrines de la NCAA et le tournoi féminin de basket-ball est même délocalisé en partie à Paris, favorisant sa reconnaissance par le bassin français, un marché capital du basket-ball mondial.
En dehors des programmes universitaires, le rayonnement culturel du sport féminin américain dans le monde est le produit d’initiatives fédérales d’aide extérieure et de l’influence de personnalités iconiques. En ce qui concerne les initiatives gouvernementales, un programme en particulier est central et reconnu à l’échelle mondiale : le Global Sports Mentoring Program – Women in Sports. Ce programme, en étant dirigé vers des pays en développement et bénéficiaires de l’aide extérieure américaine, positionne donc le sport féminin comme un des éléments de la diplomatie sportive américaine, même s’il n’y a pas en l’état d’axe spécifique de diplomatie sportive féminine menée par le gouvernement américain.
L’essentiel du rayonnement culturel du sport féminin est néanmoins le fruit de l’influence de sportives renommées, notamment issues des sports individuels, dont le golf, le patinage artistique et surtout le tennis, qui a vu émerger dans l’espace médiatique d’abord domestique puis mondial les figures de Chris Evert et Billie Jean King.
“BJK” est centrale dans l’influence culturelle du sport féminin américain car il va être associé de manière pérenne à l’engagement sociétal. La combinaison centrale des performances, de la domination sportive et de personnalités puissantes et activistes a conduit à créer une imagerie spécifique de la sportive américaine dans le monde, qu’on voit se refléter chez Serena Williams, Simone Biles, Ilona Maher ou Megan Rapinoe : puissantes, engagées et fédérant d’immenses communautés de fans.
La nouvelle influence culturelle du sport féminin américain est liée au pouvoir économique, notamment celui de ses icônes. En effet, leur participation active en tant qu’investisseur y compris à l’extérieur des États-Unis, comme Julie Foudy au sein du Groupe Crux Football (propriétaire du MHSC et de Rosegnard) exporte le modèle américain au-delà de ses frontières et le positionne comme dominant en matière de gouvernance. Le rôle des championnes-investisseurs, comme Alex Morgan dans la construction de médias spécialisés sur le sport féminin (TOGETHXR) contribue également au rayonnement de la culture sportive féminine américaine.
De l’Iran aux États-Unis, en passant par l’Australie et le Maroc, on observe une prise en main par les acteurs institutionnels du pouvoir géopolitique du sport féminin. Terrain d’influence culturelle ou outil d’éducation et d’alliances stratégiques, indicateur de savoir-faire infrastructurel, le sport féminin conquiert un rôle prééminent dans l’image des pays, que ce soit à destination de leur propre population, ou vers l’extérieur, en affirmant leur modernité.



