Sous l’impulsion des entrepreneurs Gérard et Denis Le Saint, le Brest Bretagne Handball (BBH) a construit son développement étape par étape, en travaillant sur toutes les dimensions : performance sportive, adhésion populaire et attractivité commerciale. Treize ans après la reprise d’un club en dépôt de bilan, le Brest Bretagne Handball (BBH) s’est imposé comme l’une des structures les plus solides du sport féminin français : un réseau de plus de 500 partenaires économiques, des tribunes pleines et une ambition européenne affirmée.
Pour comprendre au mieux la réussite du Brest Bretagne Handball, SPORTPOWHER© s’est entretenu avec Gérard Le Saint, un dirigeant convaincu que la réussite du sport féminin passe d’abord par la structuration et la vision.
Comment l’histoire du BBH a-t-elle commencé pour vous ?
Avec mon frère Denis, nous sommes plutôt footeux à la base [NDLR : Denis et Gérard Le Saint sont également actionnaires majoritaires et co-présidents du Stade Brestois 29]. Le club de handball avait déposé le bilan et un dirigeant est venu nous voir pour le relancer. Il nous a dit : “Je m’occupe de tout, mais j’ai besoin d’un nom au-dessus du club pour le faire renaître.” On n’y connaissait rien, mais on a accepté. Et quand on met son nom sur un club, on a envie de gagner. J’ai dit à Denis : “je veux gagner la Coupe d’Europe.” À l’époque, on était en troisième division. On n’a pas encore réussi mais on construit pour y arriver.
Qu’est-ce qui vous a guidé dans la reconstruction du club ?
Je l’ai abordé comme un chef d’entreprise. On a structuré le BBH sur un modèle économique privé. On ne dépend pas du tout des collectivités qui de toute façon sont très peu engagées, ce qui nous met à l’abri de situations difficiles comme celle que d’autres clubs féminins peuvent subir (exemple récent du club de Toulon).
Que faites-vous pour rendre le club si attractif ?
Tout d’abord, je me suis vite rendu compte que le sport féminin à haut niveau, c’est aussi bien que le masculin. En hand, un match féminin est parfois plus passionnant : il y a plus de fluidité, moins de combat physique. C’est du très haut niveau. Et donc un très bon “produit”. Ensuite, comme on manque énormément de visibilité dans le sport féminin, il faut de l’événementiel. Les gens ne viennent pas seulement voir un match, ils veulent vivre une soirée. Chez nous, un match du BBH, c’est du spectacle, de la musique, de l’ambiance. Il faut que les spectateurs aient envie de revenir.

Avec la Brest Arena, on a un outil de travail remarquable. Sans infrastructure, pas de haut niveau. L’Arena nous permet d’accueillir le public, les partenaires, de créer l’expérience que les gens attendent. Notre groupe des « Supporters du Bout du Monde » apporte beaucoup de soutien et d’animation. On a développé au sein de l’ Arena un nouveau concept de tribune : la Tornade Blanche. Tous ceux qui s’y installent doivent venir habillés en blanc. Cela crée une identité visuelle et sonore forte.
Vous avez aussi un réseau de partenaires très important et donc des recettes d’hospitalités.
C’est la culture du lien. En Finistère, on aime recevoir, on a la culture du client VIP. Grâce au travail mené auprès de nos 500 partenaires, on parvient à un gros pourcentage en hospitalités, avec 1200 places VIP et un record à 1 700, pour une salle de 4 000. Dans le Finistère, on a la culture du VIP : on fédère des entreprises de toute taille autour du club. Je milite d’ailleurs, au foot comme au hand pour redonner de la valeur au ticket d’entrée que les partenaires achètent. S’il n’y a pas de valeur, ce n’est pas la peine.
On travaille donc sur l’événementialisation de nos matchs pour que nos partenaires et nos supporters vivent une expérience. L’objectif c’est de jouer à guichets fermés. Quand il y a de la rareté, la place vaut quelque chose. C’est la même logique qu’en entreprise : ce qui est rare a plus de valeur. Au foot, on a fait trente matchs d’affilée à guichets fermés. J’aimerais atteindre la même chose ici.
Évidemment la construction sportive joue un rôle important et vous avez su attirer les meilleures joueuses françaises et internationales.
Le sportif reste au cœur du projet du club avec l’ambition de gagner une Coupe d’Europe. Avec notre modèle économique solide et notre identité, nous pouvons attirer les meilleures joueuses. Au BBH, les salaires sont équivalents à ceux du championnat masculin. Quand l’économie est solide, la parité devient possible. Et encore une fois, la qualité et le niveau de jeu n’ont rien à envier au hand masculin. Les joueuses sont très sollicitées sportivement avec des calendriers chargés, notamment avec les matchs internationaux. Elles restent néanmoins très disponibles. On leur dit dès le départ : ici, ce sont les partenaires qui vous paient. Elles le savent, elles s’impliquent, elles participent aux événements, elles représentent le club.
Vous accompagnez aussi d’autres clubs féminins bretons. Pourquoi cette démarche ?
Parce qu’on partage les mêmes problématiques et les mêmes ambitions. Je donne un coup de main à Landerneau Basket et à Quimper Volley. Ces clubs avancent bien, ils ont de belles salles, des publics fidèles. L’idée, c’est de créer un haut niveau féminin breton structuré.
On avait créé le collectif Support’Her qui réunissait le BBH, Quimper Volley et Landerneau Basket avec quelques actions communes. On pourrait peut-être aller plus loin avec un objectif un peu fou : être champions de France à trois, la même année. Ça donnerait du sens, et ça pourrait attirer un partenaire national commun.
Cette logique de coopération traduit aussi une identité territoriale forte.
Le Finistère, c’est la fin de la terre. On est loin de tout. On a besoin de reconnaissance, et le sport féminin peut l’apporter. On a ici une vraie culture du sport féminin, beaucoup d’anciennes joueuses, un public fidèle. Cette identité, c’est notre force.
Plus globalement, le modèle économique du sport féminin reste fragile et dépendant des collectivités. Quelle est, selon vous, la priorité ?
Oui, c’est un vrai sujet. Les collectivités se désengagent. Beaucoup de clubs féminins reposent encore sur ces financements, et c’est dangereux. Il faut réussir à faire évoluer l’écosystème évolue vers plus d’indépendance. Et je pense que la visibilité est un élément clé pour favoriser cette évolution.
La saison dernière, j’avais évoqué le sujet avec la Ministre des Sports lors d’un match Brest – Real Madrid en ligue des champions (foot masculin). Quelques jours plus tôt, on jouait un Brest-Metz en Ligue des champions, et à la même heure, France 3 diffusait La Soupe aux choux. Tout le monde a déjà vu ce film dix fois. Ce match phare devrait être sur une chaîne nationale. C’est un symbole : il faut que les chaînes publiques jouent leur rôle. Au niveau de notre club, je pense que c’est aussi ce qui nous manque pour pouvoir attirer de grands partenaires nationaux.
On évoque un retour des play-offs dans le championnat. Est-ce une approche que vous soutenez ?
Oui, les play-offs vont créer plus de rendez-vous et potentiellement une meilleure exposition. [Note de SportpowHER : avec éventuellement la possibilité de faire entrer la finale dans la liste des événements protégés pour une diffusion en clair ]
Quel cap fixez-vous désormais au BBH ?
Gagner la Ligue des champions. On ne sait pas quand, mais on y arrivera. L’idée, c’est de continuer à progresser, à fédérer, à attirer. On veut être un club solide, attractif, reconnu.
La trajectoire du BBH montre qu’un club féminin peut s’imposer durablement sans dépendre des aides publiques. En treize ans, Brest a bâti une économie privée, une base de partenaires, une identité forte et une ambition européenne assumée. Pour Gérard Le Saint, le sport féminin ne demande pas qu’on le soutienne : il demande qu’on le regarde, qu’on le valorise et qu’on y investisse.

