La Ligue des Champions Féminine de football (UWCL) revient sur les écrans de télévision pour le début de la phase éliminatoire. À cette occasion, l’UEFA a publié un bilan des audiences de la première phase, disputée de septembre à décembre et qui inaugurait un double changement. Changement de format, avec une poule unique, et changement de diffuseur, puisque Disney + a acquis en mai dernier les principaux droits 2025-2029 de la compétition. Pour comprendre quelles conséquences ont eu les changements opérés sur l’UWCL 2025-26, SPORTPOWHER© décrypte le bilan économique de la mi-saison, de la stratégie d’audience à la volonté de croissance organique par l’UEFA du football féminin.
Le bilan très positif des audiences, reflet d’une exposition maximisée
Pour le cycle 2025-2029, la diffusion de l’UWCL en Europe est partagée entre Disney + pour la diffusion payante et des diffuseurs nationaux membres de l’EBU (European Broadcasting Union) pour la diffusion gratuite. Avec une augmentation de 164% du nombre de téléspectateurs total par rapport à 2024, soit 13,5 millions de consommateurs cumulés, la phase de groupes a obtenu une exposition record, amplifiée par un plus grand nombre de rencontres (54) par rapport au format précédent. Ramenée à l’audience moyenne par match, la progression est très significative : +135% (250.000 téléspectateurs par rencontre).
La croissance affichée est le résultat de plusieurs facteurs. Comme l’UEFA le souligne, le premier élément de fidélisation des spectateurs est l’amélioration du spectacle sportif et de son intensité compétitive. Avec un doublement de la proportion de matchs terminés avec 1 seul but d’écart, une diminution sensible de l’écart de buts moyen à la victoire (1,98 contre 2,88 en 2024) et une moyenne de buts par rencontre en hausse (3,55), les pics d’intensité des matchs permettent de mieux capter l’attention des téléspectateurs et nourrissent l’émotion. Le second élément est l’essor global de consommation du football féminin, encouragé par la dynamique post-Euro 2025, qui a permis l’acquisition de nouveaux téléspectateurs. Le troisième élément est la stratégie développée conjointement par le nouveau diffuseur Disney et l’UC3 (la joint-venture entre l’UEFA et l’European Football Clubs, qui supervise la commercialisation des droits du football professionnel européen) sur la valorisation du couple Revenue/Reach (revenus / exposition) des droits médias de la Ligue des Champions Féminine.
Les atouts “reach & revenue” de Disney +
Selon les sources du média SportBusiness, Disney+ a investi près de 48 m€ pour acquérir les droits 2025-2029 de l’UWCL, soit 12 m€ par saison. En ajoutant l’investissement de l’EBU (2 m€) et des diffuseurs sur le continent américain (CBS et Paramount +, environ 2,5 m€), les revenus de droits TV ont plus que doublé par rapport au cycle précédent (environ 7 m€ par saison pour DAZN).
Pour l’UC3, le “reach” de l’UWCL pouvait de prime abord sembler se réduire avec la transition entre DAZN, qui s’appuyait sur YouTube (2,7 milliards d’utilisateurs) et Disney + et ses 126 millions d’abonnés (dont 69 millions en Europe). Mais la notoriété de la plateforme, son recours naturel dans les habitudes de streaming des foyers européens (3ème service en Europe, 12,1% de pdm) et l’expertise de promotion du groupe Disney ouvrent davantage d’opportunités de découverte du “produit” UWCL parmi les utilisateurs.
D’autant que l’UC3 a développé une stratégie de couplage grâce à une diffusion partielle simultanée (1 affiche par journée) en “free-to-air” par la BBC, L’Équipe TV et les chaînes du réseau EBU. Cette diffusion en clair a favorisé une exposition centrée sur les marchés nationaux et porté ses fruits, notamment en France : 500.000 spectateurs de moyenne sur L’Équipe TV pour les matchs en clair.
La stratégie de Disney+, une vision holistique de l’entertainment
Pour le groupe Disney, l’investissement sur les droits de la Ligue des Champions Féminine répond à un double objectif. Premièrement, sécuriser un actif sur le secteur en croissance du sport féminin, notamment face à la concurrence de Netflix, Apple ou Amazon.
Le second objectif est de constituer un hub du divertissement télévisuel, capable de répondre aux habitudes de consommation d’un spectre ultra-diversifié de consommateurs, y compris au sein des familles, cœur de cible du groupe. En regroupant des licences de marques aussi puissantes que Marvel, Star Wars ou Manchester United (dont l’équipe féminine a participé pour la première fois à l’UWCL) sur la même plateforme, Disney développe un marché de consommation holistique, des grandes franchises de films au sport n°1 en Europe, le football.

Alex Scott, Lianne Sanderson, Vicky Sparks, Fara Williams et Ellen White sont les principales animatrices des soirs de Ligue des Champions Féminine sur Disney + – Crédit photo : Mike Marsland/Getty Images pour Disney+
Disney s’est appuyé sur l’expertise en diffusion sportive de la chaîne ESPN (propriété du groupe Disney depuis 1996) pour produire le spectacle de la compétition reine du football féminin européen. C’est d’abord l’infrastructure technique de diffusion qui a été améliorée grâce à un doublement du nombre de caméras sur chaque terrain (6 pendant la phase de ligue, 8 à partir des quarts de finale).
Disney a également dynamisé l’avant-match, avec notamment une présentation bord-de-terrain en introduction, adoptant ainsi les standards d’animation des rencontres sportives.
Enfin, la plateforme a amplifié la portée de la compétition en éditorialisant des contenus documentaires ou formatés pour les réseaux sociaux. Ainsi, la première phase de la Ligue des Champions Féminine 2025 a généré 774 millions d’interactions sociales, un total en progression de 84% par rapport à 2024.
L’ouverture à de nouveaux marchés, un objectif de croissance organique du football féminin
Le nouveau format élargi à 18 clubs de la phase préliminaire de Ligue des Champions Féminine ainsi que l’inauguration de l’Europa Cup cette saison démontrent la volonté d’exposer plus de clubs pendant une plus grande partie de la saison. Concrètement, à mi-saison des compétitions européennes, 16 pays sont encore représentés entre la Ligue des Champions et la Women’s Europa Cup, soit 5 de plus que ceux représentés pendant la phase de poules de l’UWCL en 2024/25, et 11 de plus que lors des quarts de finale en mars 2025.
En augmentant le nombre de territoires représentés tout en offrant une fenêtre d’exposition supplémentaire avec une reprise du calendrier européen en février (contre mars la saison précédente), l’UEFA déploie un mode d’action efficace pour augmenter durablement ses revenus issus du football féminin : d’une part en élargissant le nombre de marchés intéressés par les droits TV, et d’autre part en créant un nouvel actif à portée plus “régionalisable” auprès des sponsors, à travers la Women’s Europa Cup.
Le bilan de l’exposition médiatique de cette première phase de compétition européenne appelle à plusieurs conclusions. Premièrement, le football féminin professionnel poursuit sa progression médiatique et économique. Deuxièmement, en tant que produit de consommation télévisuelle, le football féminin accentue son émancipation du football masculin et s’intègre de manière holistique à une offre d’entertainment familial spécialement dynamisée pour les plateformes de streaming et les réseaux sociaux. Enfin, l’élargissement des compétitions à de nouveaux territoires, notamment vers l’Europe centrale, prouve la volonté de croissance organique couplée à une stratégie de revalorisation des droits, à l’image du doublement du montant dépensé pour acquérir les droits TV par Disney.

