La newsletter business du sport féminin #17 – Une lettre
23/12/2025Une lettre plutôt qu’une newsletter !
2025 aura-t-elle été une année charnière pour le sport féminin professionnel ? Oui, sans aucun doute. Les chiffres ne mentent pas. Et surtout, ils racontent tous la même histoire : celle d’un marché qui a franchi un cap.
Les records d’audience et d’affluence enregistrés lors de la Coupe du Monde de rugby, de l’Euro de football ou du Mondial de handball en sont les signaux les plus visibles :
- En France, 18 événements sportifs féminins ont rassemblé plus de 2 millions de téléspectateurs.
- À l’échelle mondiale, les grands événements ont confirmé que le sport féminin n’est plus un rendez-vous de niche, mais un produit premium, capable de mobiliser largement et durablement.
Derrière ces chiffres, une accélération structurelle. Depuis 2022, huit nouvelles ligues professionnelles féminines ont été lancées aux États-Unis. De nouveaux formats ont émergé, pensés dès l’origine pour placer les championnes au cœur des projets : Unrivaled et Project B en basket, World Sevens en football. Des compétitions plus courtes, plus intenses, plus narratives, alignées avec les usages médiatiques contemporains. Le sport féminin devient un laboratoire d’innovation, pas un simple décalque du modèle masculin.
Cette dynamique se reflète aussi dans la valeur des athlètes. En 2025, deux championnes figurent dans le Top 3 des « Most Marketable Athletes », et vingt dans le Top 50. Une reconnaissance claire : les championnes performent sur les critères d’authenticité, d’engagement et de crédibilité. Elles fédèrent. Elles créent de la préférence. Elles incarnent des marques fortes.
Un autre signal : pour la première fois, Forbes a publié un classement des 25 clubs féminins selon leur valorisation financière. Le message est clair : le sport féminin est désormais analysé, comparé et évalué comme un actif économique à part entière. Vingt des vingt-cinq clubs classés évoluent en WNBA ou en NWSL, preuve de l’avance américaine.
Mais l’Europe s’organise et les opérations capitalistiques se multiplient : la prise de participation de Monarch Collective dans le Viktoria Berlin, l’investissement d’Alexis Ohanian et de son fonds 776 dans Chelsea Women FC, l’acquisition de Bristol City Women par Mercury 13 après le FC Como. En France aussi, le mouvement s’accélère. Après l’acquisition de l’OL Féminin, devenu OL Lyonnes, par Michele Kang, c’est la section féminine du Montpellier HSC qui a rejoint Crux Football, une nouvelle plateforme d’investissement ambitieuse et paneuropéenne.
Ces signaux sont puissants. Mais ils ne doivent pas masquer une réalité : le sport féminin est un terrain exigeant. Sa croissance n’est ni automatique ni linéaire. Elle demande de la méthode, une vision long terme, et une compréhension fine de ses équilibres économiques.
L’un des freins historiques reste l’environnement médiatique. Longtemps, le sport féminin a été perçu comme « intéressant » uniquement lorsqu’il dépassait l’exceptionnel. « On n’hésite pas à en parler quand les sportives font des performances exceptionnelles ou des exploits remarquables », entend-on encore aujourd’hui. Ce biais a structuré des décennies de décisions éditoriales. Mais 2025 a démontré autre chose : le public n’attend pas que les championnes soient héroïques à chaque instant pour s’engager. Il suit des équipes, des histoires, des saisons. Il s’attache à des parcours. Il consomme du sport féminin pour ce qu’il est : du sport.
Pour autant, cette audience reste encore largement masculine. Des passionnés de sport, déjà convaincus, qui s’intéressent aussi au sport féminin. Ce socle est précieux. Mais il ne suffit pas. Un autre public, beaucoup plus large, demeure sous-adressé : les femmes. Elles sont nombreuses à suivre le sport, à s’y investir, à le transmettre. Elles influencent les pratiques culturelles, les choix familiaux, les comportements de consommation. Et pourtant, elles ne sont pas encore considérées comme un public stratégique à part entière. Les formats restent majoritairement pensés pour d’autres usages. Les priorités éditoriales évoluent lentement.
C’est là que se joue une part essentielle de l’avenir du sport féminin professionnel. Non pas dans l’attente de nouveaux exploits, mais dans la capacité à proposer une offre claire, lisible et structurée, pensée pour l’ensemble des publics. Une offre qui intègre pleinement les femmes comme spectatrices, fans, prescriptrices et relais de croissance.
Les plateformes de streaming participent à cette évolution. Elles n’ont pas tout révolutionné, mais elles ouvrent des marges de manœuvre. Elles permettent d’expérimenter et de diversifier les récits, de tester de nouveaux formats et de nouvelles temporalités. C’est une opportunité à considérer. Comme le sont les réseaux sociaux, les créatrices et créateurs de contenus qui contribuent à rendre le sport féminin visible.
Cette évolution est peut-être la plus structurante de toutes. Elle change la donne pour les diffuseurs, pour les marques, pour les clubs. Elle ouvre un champ d’opportunités considérable, à condition de penser l’audience non plus uniquement en volume, mais en qualité, en relation et en potentiel de long terme.
C’est précisément là que se situe l’engagement chez SPORTPOWHER©. En 2025, nous avons poursuivi une ambition claire : décrypter, structurer et valoriser l’économie du sport féminin. Donner de la visibilité aux initiatives qui créent de la valeur. Mettre en lumière les stratégies qui fonctionnent. Et commencer à créer des ponts entre championnes, clubs, investisseurs, marques et institutions.
SPORTPOWHER© est un acteur de transformation. Nous croyons que le sport féminin est un levier de croissance, d’innovation et d’attractivité pour les entreprises. Celles qui s’y engagent aujourd’hui ne suivent pas une tendance : elles construisent un avantage stratégique.
À l’heure de refermer 2025, je veux adresser un immense merci à celles et ceux qui nous lisent, nous partagent et nous challengent. Merci aux championnes, aux dirigeantes et aux dirigeants, ainsi qu’à celles et ceux qui agissent sur et en dehors des terrains : vous inspirez nos contenus et nourrissez notre conviction. Merci aux entreprises et partenaires qui nous font confiance et qui choisissent d’investir dans cet écosystème avec ambition et cohérence. Et merci à Ophélie Laffuge et Quentin Boissard qui m’accompagnent dans cette aventure entrepreneuriale.
2026 s’annonce déjà comme une année de consolidation et de nouvelles opportunités. Une chose est sûre : le sport féminin a changé d’échelle. Et ce n’est que le début.
Très belles fêtes de fin d’année à tous ! Et pour un petit break, on vous emmène à Seattle avec notre podcast Coalition pour découvrir un Women’s Sports Pub unique et sa fondatrice.
Sophie Sauvage, Fondatrice et CEO de SPORTPOWHER©
Podcast COALITION par SPORTPOWHER©
Pour ce troisième épisode de Coalition, c’est Jen Barnes, fondatrice de Rough & Tumble, qui prend la parole au micro de notre podcast.
Elle revient sur la genèse de Rough & Tumble, né d’une frustration partagée par de nombreuses fans : ne pas trouver d’endroits conviviaux et qualitatifs pour regarder du sport féminin. Elle raconte comment cette intuition est devenue un projet structuré, capable de rassembler jusqu’à 255 personnes les soirs de match, au cœur de Seattle.
Au fil de l’échange, Jen Barnes partage sa vision de l’audience féminine comme levier de croissance, le rôle des lieux physiques dans la création de communautés engagées, et les clés d’un modèle économique déjà rentable, qui lui permet aujourd’hui d’ouvrir un second établissement et de se projeter vers une expansion nationale et internationale.
Un échange éclairant avec une entrepreneure qui démontre, par le terrain, que le sport féminin est aussi un puissant moteur d’innovation, de désirabilité et de performance économique.