La déclaration de Brighton + Helsinki est un engagement international, soutenu par le Comité International Olympique (CIO) et visant à accélérer et garantir l’accès des femmes à la pratique sportive, dans un cadre de sécurité et d’épanouissement. Datant de 1994, ce document encourage également la féminisation des instances sportives.
Lundi 9 mars, le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) va corriger une incongruité en signant à son tour cette Déclaration. L’occasion pour SPORTPOWHER© d’interroger sa Présidente Amélie Oudéa-Castéra sur l’ambition française s’agissant du sport féminin et plus généralement de la place des femmes dans le sport.
Madame la Présidente, au lendemain de la Journée Internationale des Droits des Femmes, le CNOSF va signer la Déclaration de Brighton + Helsinki en faveur de l’égalité et l’inclusion des femmes dans le sport.
Cette journée du 8 mars nous est naturellement très importante et pour la célébrer, nous avons souhaité réunir une communauté de femmes et de quelques hommes particulièrement engagés sur la question de la promotion de la place des femmes dans le sport. Le 8 mars est un symbole idéal pour signer la déclaration de Brighton plus Helsinki, un engagement déjà rejoint par près de 600 institutions organisations, ministères ou Comités Nationaux Olympiques signataires. Il semblait anachronique que le CNOSF n’ait pas déjà rejoint cette déclaration qui insiste sur la volonté de déployer une démarche à 360 degrés pour promouvoir la place des femmes dans le sport. Nous sommes très heureux de rejoindre dès lundi les rangs du CIO (Comité International Olympique), de l’IPC (International Paralympic Committee), de tous ces grands CNO issus de tous les continents, et aussi plusieurs grandes fédérations internationales. Cette signature importante marque notre volonté au CNOSF d’accélérer sur ce sujet.
Quels sont les axes prioritaires du CNOSF pour “accélérer” ?
Je pense que la première de nos responsabilités, c’est de faire en sorte que la gouvernance dans les instances de pilotage du sport français permette vraiment de donner toute leur place aux femmes. Nous avons réussi à être au rendez-vous de la parité au niveau des instances nationales lors des élections fédérales de 2024 et nous préparons ardemment l’échéance de 2028 pour atteindre la parité à l’échelon régional. Dans ce but, nous amplifions notre initiative du Club des 300 Femmes Dirigeantes, qui a déjà permis de former 500 femmes dirigeantes au sein de nos institutions sportives. Nous nous fixons l’objectif ambitieux de former 1000 femmes en 2026 et 1 000 femmes en 2027, soit un total d’environ 2 500 femmes mobilisées afin d’être au rendez-vous de la parité dans les instances régionales des fédérations.
Parmi les exemples d’enjeux au cœur de la gouvernance du sport, il y a notre décision de créer un collège du sport professionnel féminin au sein de la commission dédiée au sport professionnel. Et nous avons aussi pris l’engagement fort d’intégrer l’association Alice Milliat comme membre associé du CNOSF. Ce sont des preuves concrètes de notre engagement et nos futures actions en matière de gouvernance.
La féminisation de la gouvernance et donc l’accès aux responsabilités constituent donc un axe essentiel. Pouvez-vous nous présenter les autres piliers de l’action en faveur de la féminisation du sport ?
Le deuxième pilier que j’ai envie d’évoquer, c’est notre action auprès de et pour nos championnes. Depuis plusieurs mois, et notamment pendant les Jeux Olympiques de Milan Cortina, nous avons déployé une approche de soutien à nos championnes, à la fois sur la prise en compte des spécificités féminines en matière de santé (et de santé mentale), mais aussi sur le plan de l’accompagnement dans la parentalité, avec des aménagements spécifiques et la prise en compte des enjeux de la maternité et de garde des enfants. Permettre à nos championnes de ne pas s’éloigner, quand elles le souhaitent, de leurs enfants sur les grandes compétitions, y compris à l’occasion de Jeux olympiques ou paralympiques.
Le troisième élément que je veux mettre en avant, c’est le fait que nous sommes plus engagés que jamais dans la promotion d’un sport qui soit sûr pour les femmes, à travers l’accélération de notre action contre les violences à caractère sexiste et sexuel. J’ai annoncé le lancement d’une fondation financée par du mécénat et dont les fonds serviront à renforcer considérablement les moyens du mouvement sportif pour mieux lutter contre ce fléau.
Le quatrième pilier de l’action du CNOSF sur ce sujet consiste en l’intégration systématique des enjeux de la féminisation dans nos différentes politiques. Par exemple, en matière d’équipement, le partenariat SportRénov impulsé avec la Caisse des dépôts pour rénover les installations de nos clubs sportifs municipaux, devra porter une attention particulière à la question des vestiaires et plus largement des espaces dédiés aux femmes.
La question des équipements sportifs de nos Équipes de France est un enjeu tout aussi conséquent, et nous allons inclure systématiquement des clauses dans les appels d’offres afin de bien prendre en compte les spécificités du matériel technique pour les femmes. Voilà deux exemples très concrets de nos efforts pour intégrer pleinement la pratique du sport au féminin dans nos politiques.
Notre dernier pilier, le cinquième, correspond à l’animation du mouvement sportif tout entier. Pour cette date symbolique du 8 mars, j’ai demandé à nos membres de communiquer sur les réseaux sociaux, à propos de leurs indicateurs, notamment en matière de féminisation de la pratique, pour montrer au grand public l’évolution de la place des femmes dans le mouvement sportif et la pratique sportive. De communiquer sur les actions dont ils sont fiers, qui ont été mises en place pour servir cet objectif de féminisation, et aussi de prendre un engagement pour l’avenir en montrant comment ils vont continuer à porter ces politiques à tous les niveaux. L’ensemble de cette animation et de la valorisation des actions est déployé sur les réseaux sociaux avec un hashtag commun : #SportAuFéminin. En animant nos 111 fédérations, le CNOSF rappelle l’importance prépondérante de ces engagements, tout en recueillant toutes les bonnes pratiques à repartager aux fédérations, pour enfin faire en sorte que la France dispose d’une base de politiques publiques sportives efficaces pour améliorer la place des femmes dans le sport français.
Sur le volet économique du financement du sport professionnel féminin, comment le CNOSF peut-il être moteur et impulser des initiatives auprès des partenaires économiques ? S’agit-il notamment du rôle du Collège Sport Féminin au sein de la Commission du sport professionnel féminin que vous évoquiez plus tôt ?
Je souhaite que ce collège puisse être un endroit où les meilleures expertises de France se retrouvent pour essayer de porter une voix commune et nous permettre de toujours intégrer la dimension du sport féminin dans les enjeux du sport professionnel. On peut citer l’exemple de la proposition de loi sur le sport professionnel, pour laquelle le collège a pu soutenir l’inclusion des éléments autour de la possibilité de créer des ligues féminines, de créer des associations sportives féminines séparées des associations sportives masculines, ou bien d’œuvrer sur les sujets importants des conventions collectives, en s’informant de ce qui se fait de mieux au niveau du handball, du rugby, du basket ou du football afin d’essayer de faire progresser les autres fédérations. Le collège du sport professionnel féminin doit prendre un rôle de locomotive.
Vous avez évoqué le club des 300 femmes dirigeantes, dont les initiatives sont issues du Comité National pour être déclinées vers des échelons territoriaux. Qu’en est-il des actions menées en région ?
Aujourd’hui, le club des 300 est décliné sur une quinzaine de structures. Le CNOSF est en train de finaliser un appel à projets afin de prolonger le dispositif auprès de 10 à 15 structures complémentaires, soit des fédérations, soit des CROS ou des CDOS. Ces structures vont ainsi contribuer à l’essaimage des formations, avec cet objectif ambitieux de doubler le nombre de femmes formées, afin de mobiliser près de 2500 dirigeantes prêtes à siéger au sein des instances du sport français au niveau régional en 2028.
Doit-on aussi former les hommes à cette approche de la mixité dans les instances régionales ? La gouvernance étant encore à majorité masculine, vous semble-t-il nécessaire de les inclure ?
Je crois qu’il est très important d’embarquer les hommes dans ce combat car aujourd’hui, en effet ce sont eux qui occupent la majorité des responsabilités. Pour que ce combat soit porté dans les institutions, il est nécessaire d’emmener les hommes aux côtés d’un collectif de femmes très déterminées et très soudées. C’est essentiel pour porter l’enjeu de féminisation tout en haut de l’agenda. Néanmoins, je pense qu’il faut prioriser les efforts à accomplir et que le premier de ceux-ci est d’être au rendez-vous de cette parité dans les instances régionales.
Je me réjouis aussi de voir plusieurs grands présidents de fédérations très impliqués personnellement. Je veux citer notamment la fédération de tennis de table, qui a lancé un véritable tour de France en 2025 pour l’opération intitulée “Jeu, Set et Féminisation ». Il s’agissait pour animer cet enjeu, de récolter des propositions du terrain qui ont abouti à la mise en œuvre d’un certain nombre d’actions, comme le fait de réserver dans les clubs des créneaux dédiés exclusivement à la pratique sportive féminine.
Un sujet qui vous tient très à cœur également, c’est l’accompagnement des sportifs et des sportives de haut niveau dans leurs doubles parcours afin qu’ils soient choisis et non subis, en particulier s’agissant du sport féminin. Quelle est l’ambition du CNOSF sur ce sujet ?
La question de la poursuite d’une voie d’étude ou de formation conjointement avec la pratique d’un sport à haut niveau est un combat que j’ai à cœur de porter. Je crois que nous avons besoin de continuer à nous engager sur cette question. Nous avons fait de réels progrès dans la période récente et il faut que ça continue. En ce qui concerne plus spécifiquement la pratique féminine, il est absolument nécessaire de continuer à professionnaliser le haut niveau pour faire en sorte que de plus en plus de femmes puissent vivre de leur sport et qu’elles soient, sur ce sujet, sur un pied d’égalité avec les hommes. Nous le savons bien, mener une carrière au plus haut niveau, qui implique souvent des voyages, un niveau d’entraînement, un niveau de charge mentale associée à tout ça, c’est un métier. C’est la coloration qu’on a voulu donner à sa vie. Et je souhaite qu’il y ait de plus en plus de femmes qui, en France, puissent vivre de ce métier-là.
La féminisation du sport concerne aussi la pratique pour toutes et à tout âge. Et les indicateurs dont nous disposons montrent des progrès certains et des zones de risque à adresser.
Je voudrais insister tout d’abord sur les bonnes nouvelles dont nous disposons. Sur nos indicateurs, nous observons une hausse de 10 points de la pratique sportive féminine depuis 2018. Elle est passée de 51% de pratiquantes à 61% de pratiquantes. Nous avons quasiment résorbé le retard par rapport aux hommes puisque l’écart n’est plus que de 1 point. C’est un élément très positif.
Nous enregistrons aussi des records en matière de licenciées féminines. Nous n’atteignons pas encore la parité, ce n’est pas encore suffisant, mais nous atteignons presque le taux de 40 % de licenciées. Avec une progression plus rapide que les licences masculines.
Dans nos instances de gouvernance, nous voyons de plus en plus de femmes, de femmes secrétaires générales. Donc, non seulement les femmes prennent leur place dans les instances, et en plus à des niveaux de responsabilité élevés. Tout cela doit nous encourager.
Cependant, malgré ces signaux, nous sommes toujours face à un vrai défi en ce qui concerne la pratique des filles et des adolescentes. Un chiffre qui me frappe, ce sont les 45 % des filles qui, à l’adolescence, arrêtent le sport. Malgré elles. Pour lutter contre ce phénomène, nous devons créer un environnement où elles se sentent mieux, développer des formules plus ludiques, essayer d’atténuer un petit peu le prisme parfois un petit peu trop compétitif qui existe parfois dans l’EPS, à l’UNSS ou dans notre approche du sport fédéral. Nous devons permettre que les filles se sentent mieux, moins observées, moins regardées, en incitant à ce qu’il y ait autour d’elles un encadrement plus féminin, qui comprenne le sujet des règles par exemple, le besoin d’être rassurée sur son rapport à son corps. C’est vraiment pour moi un axe prioritaire pour les années à venir.
Cela doit-il passer par une grande collaboration entre le mouvement sportif et l’éducation nationale ?
Tout à fait. Entre l’éducation nationale et les fédérations, pour qu’il y ait une vraie innovation au niveau de l’offre sportive, avec une vraie approche ludosportive, et afin de créer des espaces plus choisis, où la mixité est rendue possible mais sans être imposée. Il doit y avoir une offre d’espaces pour que les jeunes filles aient l’opportunité de faire du sport entre amies, afin d’améliorer le bien-être dans les séances d’activité physique et qu’on arrive à remédier à cette attrition qu’on constate à l’adolescence.
Selon vous, la célébration des progrès suffit-elle à changer l’état d’esprit ? Face aux déséquilibres persistants, est-ce que la seule journée symbolique du 8 mars suffit à embarquer toutes les énergies ?
L’enjeu de la féminisation du sport et des instances est un enjeu qui bien sûr doit être porté au quotidien. C’est pour cela que nous avons besoin d’être ce collectif de femmes pour marteler ce message. Nous sommes le vecteur de communication, le média et même les vigies de ce défi et nous devons rappeler l’importance de ces messages bien au-delà de la seule journée du 8 mars. Et c’est en ce sens que cette communauté de femmes est extrêmement importante car nous nous portons ce combat tous les jours, nous n’oublions pas.
