L’Australian Open 2026 a débuté ce dimanche 18 janvier et le premier grand bal de la saison de tennis, surnommé à la fois “Happy Slam” pour son caractère festif, et “Silicon Valley du tennis” pour son caractère innovant, permet un aperçu du nouvel élan porté par le tennis féminin. Entre des performances commerciales croissantes, une fanbase élargie et le rôle économique majeur des joueuses au sein de l’industrie du sport féminin, SPORTPOWHER© présente comment la WTA consolide son statut de ligue dominante pour les championnes.
L’innovation au cœur de la stratégie marketing de l’Australian Open
La semaine précédant l’ouverture du tableau principal, Melbourne a été l’arène d’un tournoi (presque) inédit : le One Point Slam. Consistant en une opposition sur un seul point gagnant, et dont le vainqueur remporterait un prix d’1 million $, la compétition a été un modèle d’inclusivité, puisque se sont affrontés professionnels et amateurs, hommes et femmes confondus. Les femmes étaient d’ailleurs les plus représentées (6 joueuses) au Final 8 et comme un symbole, la finale a opposé un homme, Jordan Smith, et une femme, Joanna Garland.
Ce format est le dernier né d’une tradition innovatrice à l’Open d’Australie, qui au-delà des applications technologiques sur le jeu et son écosystème, dynamise la fan-expérience autour du sport féminin en développant plusieurs animations et activations spécifiques regroupées autour des Inspirational Series.
Pensées comme des espaces de transmission et de projection, ces initiatives mettent en avant les trajectoires de femmes influentes du sport et de la société, tout en structurant des temps dédiés au leadership et au networking féminin, à l’image des événements Women Leaders in Tennis ou Coach Connect. L’ouverture internationale du dispositif, illustrée par l’accueil de délégations issues de sept nations du Pacifique dans le cadre du programme PacificAus Sports, inscrit cette démarche dans une logique de développement global et inclusif du tennis féminin. Enfin, des marqueurs symboliques forts, comme la mobilisation d’une équipe de ramasseuses de balles exclusivement féminine lors des demi-finales, traduisent cette ambition jusque dans l’expérience vécue en tribunes et sur le court, en faisant de l’Open d’Australie un laboratoire d’engagement et de représentation autour du sport féminin.
Mercedes-Benz et la nouvelle dimension commerciale de la WTA
Quelques jours avant l’Open d’Australie (qui en tant que Grand Chelem ne fait pas partie du WTA Tour), le premier tournoi à avoir inauguré le WTA Tour 2026 se déroulait à Adélaïde et a donc marqué les débuts de sa nouvelle appellation, portée par le partenariat record signé entre la WTA et le constructeur automobile Mercedes-Benz. L’accord signé en toute fin d’année 2025 serait estimé à près de 50 m$ annuels pour une visibilité intégrée sur plus de 30 tournois WTA 1000, 500 et 250, sous l’appellation « WTA Tour Driven by Mercedes-Benz » et une série d’activations en dehors des courts à destination des joueuses et des fans.
Ce partenariat assoit le statut de la WTA en tant qu’actif premium dans les portefeuilles des annonceurs grâce à un narratif réimaginé, une présence hors-média dynamique avec une progression de 28% d’abonnés cumulés et un quasi-doublement du contenu vidéo lu sur les plateformes (+ 90%). La confirmation de joueuses en tant que figures prééminentes globales, à l’image de Coco Gauff, ambassadrice de la marque dans un contrat individuel, contribue également au pouvoir attractif du tennis auprès des marques.
En ce qui concerne Mercedes-Benz, le positionnement du constructeur sur la WTA, puis quelques jours plus tard sur la Women’s Super League anglaise (football), confirme un regard nouveau sur le sport féminin. Les études révèlent en effet que le tennis est un tremplin formidable pour les marques auprès des consommatrices : 58% des téléspectateurs sont des femmes. Associé à un meilleur pouvoir d’achat des fans (30% des fans gagnent plus de 100k$ annuels, contre 18% des fans de sport masculin, source : Wasserman The Collective), le sport féminin est donc un levier pertinent pour les marques premium. Sur le secteur automobile, la WTA permet aussi une empreinte globale avec un développement sur les marchés émergents (Brésil) mais surtout sur les marchés d’Asie de l’Est et du golfe.
L’ancrage en Arabie Saoudite notamment, apparaît comme stratégique pour la marque à l’étoile, comme l’a souligné le professeur Simon Chadwick. Mercedes-Benz a par exemple ouvert un hub expérientiel inédit à Qadihya City, une zone urbaine et commerciale détenue par le PIF (fonds souverain saoudien), par ailleurs co-actionnaire de WTA Ventures et co-propriétaires, avec Mercedes, de l’écurie de Formule 1 Aston Martin. Une synergie d’intérêts complémentaires qui profite à la croissance de la WTA.
Les accords de diffusion, vecteurs majeurs de l’expansion de la fanbase
Depuis la constitution de WTA Ventures, la WTA a ouvert un nouveau cycle stratégique sur ses droits médias, dont l’un des marqueurs forts a été la prolongation début janvier 2026 des accords de diffusion en Chine avec Tencent et Migu, complétés par la plateforme digitale Youku.
Le marché chinois constitue le principal levier de reach massif et digital pour la WTA. L’enjeu réside en a capacité à transformer des audiences très larges, mobiles et volatiles en fanbases engagées, en s’appuyant sur la continuité de diffusion et sur le retour en visibilité de joueuses chinoises, dont Qinwen Zheng (championne olympique de Paris 2024), qui facilitent l’entrée et la fidélisation des publics locaux dans l’écosystème WTA. Le renouvellement des accords avec Tencent et Migu témoignent du succès populaire du tennis en Chine : croissance de 14 % des abonnés aux comptes officiels de la WTA en Chine, et jusqu’à +300% sur les plateformes de formats courts, pour 125 millions de vues vidéo au total.
En Amérique du Nord, le partenariat avec Tennis Channel répond à une logique différente. Il s’agit moins de recruter de nouveaux publics que de valoriser qualitativement une audience déjà loyale, grâce à une couverture continue du circuit, des formats éditoriaux premium, une narration approfondie de la saison et des joueuses à fort rayonnement dont Coco Gauff et Jessica Pegula. La fidélisation d’une communauté consommatrice constitue un socle essentiel pour soutenir des partenaires à forte valeur ajoutée comme Morgan Stanley, Verizon ou Corpay.
En Europe, Sky Sports joue un rôle structurant, notamment au Royaume-Uni, en inscrivant le tennis féminin dans un environnement multisport de référence. Cette exposition régulière favorise l’ancrage du circuit dans les habitudes médiatiques et s’appuie sur les performances et l’attachement à des figures nationales identifiables comme Emma Raducanu et Katie Boulter. En Europe centrale, les accords avec des groupes comme Canal+ permettent une couverture ciblée, particulièrement en Pologne, où la continuité médiatique soutient une forte appropriation nationale du circuit autour de la n°2 mondiale Iga Świątek.
En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, la diffusion via SuperSport et New World TV répond avant tout à un objectif d’élargissement des publics. La visibilité du circuit contribue à normaliser la présence du tennis féminin dans des marchés encore en structuration, en résonance avec des figures régionales comme Ons Jabeur ou Mayar Sherif, qui facilitent l’appropriation culturelle du produit WTA, en plus de la régionalisation de l’organisation de tournois majeurs, dont les Finals à Riyadh.
Dans l’ensemble, la WTA considère les droits médias comme un levier différencié de construction et de consolidation des fanbases, où chaque diffuseur s’inscrit dans une fonction précise : reach, fidélisation ou expansion. L’identification régionale joue un rôle essentiel en tant que point d’entrée des nouveaux consommateurs auprès d’une championne locale, à l’image de Beatriz Haddad Maia au Brésil.
Le poids marketing des joueuses et la compétitivité, atouts stratégiques majeurs
En matière de rayonnement économique, les joueuses affichent une présence continue au sommet des sportives les mieux payées (10 joueuses dans le top 15), et des gains croissants notamment sur les courts, où les prize-money témoignent d’une progression constante (dont le prize-money de 5,235 m$ attribué aux WTA Finals 2025).
Les joueuses sont désormais des actifs au poids stratégique essentiel et la nouvelle identité de marque de la WTA atteste du pouvoir pris par celles-ci dans le positionnement du tennis féminin : elles sont les stars d’une série où chaque tournoi est un épisode à rebondissements.
Le palmarès de la saison 2025 révèle un autre atout du “produit” tennis féminin : l’incertitude sportive. Les fans peuvent lire un storytelling captivant, où une ou deux joueuses ne sont pas assurées de remporter tous les tournois, et où se révèlent chaque saison de nouvelles personnalités, à l’image de Victoria Mboko (Canada) et surtout Loïs Boisson lors de Roland-Garros.
L’édition 2026 de l’Australian Open offre l’opportunité de lire la trajectoire stratégique récente de la WTA. Premier Grand Chelem de la saison, le tournoi de Melbourne agit comme une vitrine du modèle économique et narratif du tennis féminin, qui articule performances sportives, innovation marketing et stratégies d’engagement des fans.
Du côté du tournoi lui-même, les dispositifs expérientiels comme le One Point Slam et les Inspirational Series, l’Open d’Australie confirment son rôle de laboratoire stratégique autour du fandom du sport féminin.


