La nouvelle édition du Money Football League a été publiée par le cabinet Deloitte et documente la croissance continue de l’économie des “top clubs” mondiaux du football féminin. En complétant ce rapport par les données disponibles sur les clubs de NWSL, SPORTPOWHER© analyse et contextualise la progression des revenus du football féminin mondial.
Croissance linéaire et domination de la WSL
Avec des revenus cumulés s’élevant à 158 m€ pour la saison 2024/25, le top 15 des clubs féminins les plus riches identifiés par Deloitte opèrent une croissance de 35% par rapport à la saison 2023/2024, démontrant ainsi la linéarité de l’expansion économique de l’élite du football féminin (croissance 22/23 – 23/24 : +35%).
Cette croissance au rythme identique révèle pourtant des trajectoires individuelles différentes, avec notamment la promotion d’Arsenal Women (25,6 m€, +43%) à la première place du classement Deloitte, reléguant le FC Barcelona Femeni à la troisième place (22 m€, +22%). D’autres clubs à la marque mythique comme Manchester United et le Real Madrid sont bousculés dans la hiérarchie, quand d’autres, en particulier le Bayern München connaissent une progression très forte (+ 100% de revenus à 7,2 m€, 9ème position selon Deloitte). On note également l’entrée dans le Top 15 de l’Inter Milan, et de Sanfrecce Hiroshima, et la sortie du SL Benfica et du SK Brann Bergen.
Les dynamiques à l’intérieur du classement reflètent à la fois des performances sportives (qualification en UWCL, victoire au W7F) et la domination du championnat anglais de WSL, qui compte plus de la moitié des représentants du top 15 (8 équipes), exactement comme la saison dernière.
Toutefois, l’analyse proposée par Deloitte ne prend pas en compte les données des franchises de NWSL, qui ne partagent pas leurs informations financières. En intégrant les revenus des clubs américains estimés par Forbes (et sans doute moins précis que les données Deloitte), on observe le leadership économique américain avec, sur la base des revenus 23/24, 4 franchises qui dépassaient les 20 m$ (soit 18 m$) et donc au-dessus du FC Barcelona la saison dernière. En appliquant le même coefficient de croissance pour estimer les revenus 2025 des franchises NWSL, 8 franchises feraient partie du top 15, dont 4 aux 5 premières places, avec une moyenne de revenus estimés à 19.3 m$ en 2023/24, soit selon le même taux de croissance une estimation sur la saison dernière de 26,1 m€ de chiffre d’affaires moyen du top 8 NWSL.
La part croissante des revenus du sponsoring dans les revenus des clubs
L’analyse menée par Deloitte démontre que les clubs du top 15 (ou 20) ont développé de nouveaux moteurs de croissance, ce qu’on constate notamment à travers la progression relative de la part des revenus commerciaux (sponsoring & partenariats) dans le total des recettes (72%, + 6 points par rapport à 2025). En NWSL, les revenus des clubs issus de partenariats ont par exemple progressé de 19% en un an (source : Sponsor United, Women in Sports Marketing Partnerships Across North America 2024–25).
Le développement de structures commerciales distinctes et l’essor continu du découplage des offres partenariales entre section masculine et section féminine participent à l’accélération des revenus commerciaux des sections féminines. L’attrait spécifique des marques pour les communautés rassemblées par les clubs féminins, avec des comportements de consommation différenciés, est l’autre levier de croissance du sponsoring dans le football féminin professionnel d’élite.
Effet de vase communicant, c’est la part des revenus issus des droits de diffusion qui décroit dans le total des revenus des clubs (13%, contre 18% en 2025). Cette diminution relative n’implique pas une baisse en valeur, avec en plus le nouveau cycle de droits sur la Ligue des Champions impulsé par Disney +, et l’inauguration de la Women’s Champions Cup (puis de la Coupe du Monde des Clubs Féminins en 2028) qui vont irriguer de nouveaux droits TV pour le haut de la pyramide du football féminin européen et mondial.
L’effet “grands stades” révélateur des stratégies de billetterie du football féminin
Sur l’ensemble des championnats européens et mondiaux, les affluences du football féminin progressent. Cette progression permet aux grandes puissances du football féminin d’enregistrer des revenus croissants sur la part “matchday” : +200 k€ en moyenne sur le top 15.
Cette hausse cache néanmoins une disparité très forte entre le très haut de la pyramide des clubs et le reste : 76% des revenus matchday recensés par Deloitte sont concentrés par le top 5 des clubs analysés (hors NWSL). La capacité des clubs à mobiliser des enceintes sportives premium, à l’image d’Arsenal qui accueille l’ensemble de ses matchs à l’Emirates, est le levier majeur de croissance de ces revenus. Le déménagement d’Everton à Goodison Park comme celui du Bayern à Unterhaching sont des éléments à suivre sur l’évolution des revenus de billetterie et la contribution de ceux-ci dans les recettes totales.
Pour les autres clubs, y compris des puissances du football historique, le faible niveau de produits de billetterie démontre une infrastructure inadaptée pour attirer des affluences génératrices de recettes.
Un élément structurel essentiel que constate Deloitte est la composition des publics du football féminin. En effet, les clubs doivent construire une base de fans convertibles en spectateurs récurrents, alors que le spectatorat actuel présente un ratio important de spectateurs opportunistes et primo-visiteurs. La capacité à créer des expériences renouvelables pour les publics est un levier majeur pour revaloriser l’offre billetterie et ainsi développer les revenus matchday.
Le rôle des investissements dans les infrastructures hors stade
Le rapport publié par Deloitte se termine par un regard prospectif et un ensemble de préconisations pour stimuler la croissance constatée depuis 2019. L’un des points les plus importants cités par le rapport est la nécessité d’investissement dans les infrastructures. La question des stades, à l’image du Bayern Munich, et sur laquelle le KC Current (NWSL) a été pionnier est un enjeu, mais doit se compléter par l’investissement dans les structures de performance, d’entraînement et de développement. Plusieurs clubs européens et américains ont déjà annoncé la construction de « performance centers », dont les Chicago Stars en NWSL, qui ont annoncé le 6 janvier 2026 programmer la construction de leur futur centre d’entraînement, pour près de 30 m$.
Pour Deloitte, c’est une question prioritaire pour cultiver la formation des nouvelles générations de joueuses, actif essentiel à mesure que la compétition se globalise (expansion de la Ligue des Champions, développement du marché des transferts). C’est en outre un actif essentiel pour la valorisation financière et de nouveaux supports d’activations commerciales (naming, séminaires, immersion).
La nouvelle économie des transferts : vers une nouvelle forme de revenu pour les clubs ?
Cette année, le rapport Deloitte a intégré dans les revenus commerciaux un nouveau type de recette : les transferts sortants de joueuses. Cette adaptation répond à la hausse du nombre de mouvements payants parmi les flux de joueuses, dans un marché historiquement fondé sur les fins de contrats. Entre 2024 et 2025, les dépenses liées à des transferts ont augmenté de plus de 80% et la part de transferts payants dans l’ensemble des mouvements est passée de 8,7% à 11,8% (source FIFA Global Transfer Report 2025).
Malgré la faiblesse des montants engagés en comparaison avec le mercato masculin, certains transferts représentent une part considérable des revenus, comme à Liverpool, où la vente d’Olivia Smith à Arsenal (1,5 m€) représente près de 25% des revenus commerciaux enregistrés (5,9m€ au total). Très polarisé, notamment vers l’Angleterre et les États-Unis, le marché des transferts et son inflation pourraient devenir une nouvelle source de recettes pour certaines puissances du football mondial.
Le rapport publié par Deloitte confirme que le football féminin s’inscrit dans une dynamique de croissance continue, tirée par un noyau ses clubs d’élite et par la montée en puissance du sponsoring comme principal moteur économique. La progression plus contenue et très concentrée des revenus de billetterie ne remet pas en cause cette trajectoire, mais souligne le caractère encore récent des stratégies de stade et l’enjeu, pour les clubs, de structurer une fan-expérience capable de transformer l’intérêt ponctuel en fréquentation durable. Enfin, Deloitte met en évidence l’évolution récente parmi les modèles économiques de plusieurs clubs féminins, autour de l’investissement dans des infrastructures dédiées à la performance et au développement, et l’émergence progressive d’une économie des transferts, marquée par l’accélération des mouvements payants à l’échelle mondiale.



